Qui est Richard Gallo, pionnier de la performance artistique et sex symbol ?

Article publié le 9 juin 2020

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Texte : Julie Ackermann.

Photos © Scott Rollins & Cressman Center et article extraits d’Antidote Magazine : Desire printemps-été 2020.

Sex-symbol de l’underground new-yorkais dans les années 1970, le performeur Richard Gallo a fait de sa manière d’être une œuvre d’art à part entière. Au croisement de la mode, du bodybuilding et du théâtre, sa pratique subversive a transformé la rue en une scène expérimentale, où il exhibait sa musculature parfaite et son vestiaire licencieux mêlant esthétique camp, sado-masochisme et glamour hollywoodien.

Photos © Scott Rollins & Cressman Center

Tout de noir vêtu, Richard Gallo prend la pose devant le temple du luxe et de la réussite made in U.S.A : le flagship Tiffany & Co. sur la Cinquième Avenue, à New York. Les gants d’opéra qu’il arbore sont l’un de ses multiples clins d’œil au personnage incarné par Audrey Hepburn dans le film Diamants sur canapé. L’artiste a remodelé le look iconique de l’actrice, le contaminant d’éléments masculins et agressifs. Il a enfilé des bottes militaires, son visage est cagoulé et son pantalon ultra-moulant. Résultat : le performeur a l’allure d’un bourreau médiéval croisé avec une star apprêtée pour un gala. Sereinement, Richard Gallo pénètre ensuite dans la boutique où il n’achètera rien. Cet anti-consumériste endurci s’assoit sur une chaise, croise les jambes à la manière d’une lady et se met à reluquer les vitrines emplies de mille bijoux scintillants. Perturbé, le personnel du magasin le pousse vers la sortie et un policier l’interpelle, sous prétexte qu’il n’a pas de « permis » pour s’exposer ainsi en public. Nous sommes en 1969. Simple, précise et subversive, l’action constitue l’une des premières performances publiques de Richard Gallo. L’artiste y pose les jalons de son œuvre revisitant l’iconographie glamour dans une perspective queer.

Alors âgé de 23 ans, Richard Gallo réitère cette expérience performative à plusieurs reprises à Manhattan, chez le joaillier Van Cleef & Arpels, sur la Rockefeller Plaza, au Grand Central Terminal ou encore au sein du grand magasin de luxe Bergdorf Goodman, où il décide également « d’officier ». Un terme qui s’applique parfaitement à certaines de ses mises en scène, l’artiste étant parfois accoutré de longues capes qui lui donnent des airs de prêtre dépravé ou de gourou païen d’un nouveau genre. Cette fois-ci, il est tout de blanc vêtu, s’est attaché une paire de menottes au poignet et arbore une perruque verte ainsi que de curieuses lunettes-loupes. De nouveau, la sécurité du magasin le force à quitter les lieux. En sortant, Richard Gallo fonce sur Grand Army Plaza et dispose près de la fontaine une série de citrons, comme s’il accomplissait un rituel, geste qui lui vaudra longtemps d’être surnommé le « Lemon Boy ». Pourquoi des citrons ? Parce que contrairement aux objets de luxe comme les diamants ou les montres, ils sont accessibles à tous et comestibles. Il est aussi possible qu’il s’agisse d’une référence à un citron géant apparu lors d’une émission de télévision consacrée à l’icône gay Barbra Streisand en 1965.

Scott Rollins : « La vie et l’œuvre de Richard Gallo incarnent toutes les tendances récentes du monde de l’art en ce moment : la mode, la performance et la culture queer »

De 1968 à la fin des années 1970, Richard Gallo macule ainsi de sa présence sombre et olympienne les hauts lieux du conformisme et du capitalisme américain, exposant aux yeux de tous son corps-objet hypersexualisé. Tout comme les stars féminines qu’il idolâtre (Barbra Streisand, justement, Audrey Hepburn ou encore Marilyn Monroe), Gallo cherche à enflammer le désir et compte bien connaître son heure de gloire. Pauvre, inconnu et homosexuel, lui aussi peut briller de mille feux avec ses tenues plus remarquables les unes que les autres. Comme ce body ultra-moulant recouvert de sequins argentés qu’il se plaît à arborer en public, ou ce complet molletonné lui conférant l’allure d’un héros communiste ou d’un soldat galactique. Gallo n’hésite d’ailleurs pas à s’accoutrer de tenues frisant parfois le ridicule. Pour l’artiste Christopher Makos, qui l’a connu, les performances de Richard Gallo pouvaient être tout à la fois très divertissantes et politiques, car « elles disaient : “Regardez-moi, je suis libre de faire ce que je veux parce que je ne suis pas limité par vos idées sur ce qui est bien ou mal”. »

Richard Gallo ne se reconnaît pas dans l’idéal du consommateur docile promu par les médias et veut semer la confusion dans une société américaine de plus en plus policée. Mêlant notamment poses de célébrités sur tapis rouge et tenues de soldat, il joue sur les contrastes pour défier la bienséance bourgeoise du luxe. Il se dénude, dévoile ses muscles saillants, garde le silence ou crie des mots comme « Harry Winston » (le nom d’une enseigne de luxe) ou des répliques de film comme le « OUCHAMAGOUCHA » de Barbra Streisand dans Funny Girl. « Je ne savais pas pourquoi je le faisais. Je suppose que c’était une façon de m’amuser (…) La foule se déchaînait », expliquait-il dans ses notes personnelles.

Photos © Scott Rollins & Cressman Center

Malgré quelques rares témoignages et des notes retrouvées sur des post-it, difficile de décrire en détail chacune des apparitions de Gallo. Elles ont en effet été très peu documentées, et l’artiste est tombé dans l’oubli, jusqu’à ces dernières années durant lesquelles les mondes de l’art et de la mode ont fini par redécouvrir son œuvre. Tout commence en 2003, lorsque le commissaire d’exposition Scott Rollins trouve une vieille boîte dans le loft new-yorkais du metteur en scène Robert Wilson. « J’y ai découvert la photo d’un type posant avec un body en résille, le visage couvert d’un masque en cuir avec une fermeture éclair en guise de bouche. Je me souviens parfaitement de ce moment. J’ai toujours admiré les gens qui n’ont pas peur d’être eux-mêmes. Je trouvais ça triste que cet homme ait été ignoré et j’ai voulu remédier à cela. » Scott entame alors une thèse sur l’artiste, qu’il achève en 2018, et ouvre une exposition sur Gallo avec le curateur Noah Khoshbin au Cressman Center, à Louisville, un an plus tard. Aujourd’hui, grâce au travail des deux hommes, des stylistes découvrent les créations de l’artiste et des musées les exposent (comme le Brooklyn Museum, en mars 2020). Rollins se réjouit de « voir qu’il obtient enfin une reconnaissance méritée ». Cette nouvelle visibilité n’est cependant pas anodine selon le curateur, car « la vie et l’œuvre de Richard Gallo incarnent toutes les tendances récentes du monde de l’art en ce moment : la mode, la performance et la culture queer. »

Performeur, styliste, acteur et metteur en scène, Richard Gallo (« Richie » pour les intimes) a nourri une approche décloisonnée – et donc très contemporaine – à l’égard des disciplines. Né à Brooklyn, il étudie au département « publicité » de l’école d’art Pratt Institute de 1964 à 1968. C’est là qu’il fait la connaissance du plasticien et metteur en scène Robert Wilson. La rencontre est déterminante. Gallo jouera dans nombre de ses premières pièces : The King of Spain (1969), The Life and Times of Sigmund Freud (1969), Deafman Glance (1970-1971) et The Life and Times of Joseph Stalin (1973). « Si vous regardez les images de The Life and Times of Sigmund Freud, les mouvements de Gallo sont beaucoup plus naturels que ceux des autres comédiens. Richard monte sur scène comme s’il venait de sortir de la rue. Ses gestes sont innés et non préparés », explique Scott Rollins. « Je pense aussi qu’à travers ses performances de rue, il a adapté et incorporé certains des mouvements que Wilson développait sur scène. Je me réfère ici à ses gestes répétitifs, chorégraphiés et lents, comme déposer une rangée de citrons, revenir en arrière, puis les ramasser lentement, sans parler, sans contact visuel. »

Photos © Scott Rollins & Cressman Center

Sa première œuvre, Gallo la signe en 1968 lorsqu’il perce un trou dans un sac de farine et marche de Central Park au Rockefeller Center. « Cette démarche fait écho au dripping de Pollock [des jets de peintures sur la toile, ndlr]. Gallo a ainsi recréé en quelque sorte une peinture de Pollock directement dans la rue. Selon mes recherches, à cette époque il n’y avait que deux autres artistes à New York qui faisaient des performances publiques : Yayoi Kusama et Abbie Hoffman [fondateur du mouvement politique anti-autoritaire Yippie, ndlr] », ajoute Rollins.
Dès ses premières œuvres, Richard Gallo fait de son corps sa matière première et son outil de travail. Dès la fin des années 60, il suit un programme d’exercice physique et acquiert une plastique musculeuse, souple et vigoureuse. Évoquant la carrure de l’iguane Iggy Pop, sa silhouette est une sculpture à part entière. Elle sera immortalisée par de nombreux photographes d’avant-garde dont Anton Perich, Christopher Makos, Dustin Pittman ou encore Peter Hujar, récemment redécouvert et exposé à la Morgan Library à New York, en 2018, puis au Jeu de Paume à Paris l’année suivante. Sur certaines photos d’Andres Lander datant de 1973, Richard Gallo se présente en objet de fantasmes sadomasochistes. Un masque de cuir lui recouvre la moitié du visage. Son torse est nu et lisse comme une peau de chérubin, et des lanières de cuir évoquant le bondage lui enserrent les jambes. Triés sur le volet et choisis par ses soins, les accessoires et vêtements qui ornent son corps d’Apollon en renforcent la dimension sculpturale. « Gallo n’a jamais pris en compte ou même regardé son public, affirme Scott Rollins. S’il l’avait fait, il aurait perdu son statut d’objet et cela était hors de question. Tout au long de sa carrière, il a ainsi délibérément masqué ses yeux avec des perruques, des lunettes, des voiles, des coiffes et des casques. Voilà le glamour de Gallo. Au lieu d’être désiré physiquement, il voulait être désiré comme un objet d’art. »

Scott Rollins : « Les tenues de Gallo défient les stéréotypes : elles renversent souvent les tropes fétichistes masculins en incluant des éléments féminins comme la résille, des talons, des imprimés criards et des capes spectaculaires »

Andy Warhol dira d’ailleurs de lui qu’il est « plus glamour que Marlene Dietrich ». Richard Gallo n’a en effet cessé de prouver qu’il n’est pas nécessaire d’être riche pour avoir du style, lui qui n’a jamais eu de réel travail et n’avait pas un rond en poche (ses amis lui prêtaient de l’argent, et son loyer était dérisoire). Ses vêtements, il les trouvait dans des friperies, des dépôts-ventes et des boutiques de surplus militaire, quand il ne les concevait pas lui-même. Du SM, plus tard sublimé par le photographe Robert Mapplethorpe, au glam-rock évoquant le style d’un David Bowie, les évolutions vestimentaires de Gallo font entièrement partie de son œuvre, et sont arrimées sur son époque et la culture underground que l’artiste métabolise. Il n’est en effet pas anodin que le performeur se pare de tenues évoquant la violence – composées de pièces BDSM ou issues du vestiaire militaire -, à l’heure où les États-Unis envahissent le Vietnam, et tentent d’imposer leur ordre politique et économique à l’international – de l’Amérique latine à l’Asie du Sud-Est en passant par le bloc Ouest. Scott Rollins résume : « À la fin des années 60, Gallo s’habille tout en noir et porte des bottes militaires, ou encore de la mousseline de soie. Il traverse ensuite une phase BDSM, à grands renforts de masques et pantalons en cuir, ou de combinaisons en résille… puis il porte des combinaisons moulantes à paillettes et découvre sa poitrine. À la fin des années 70, son look est plus “camp” : il adopte un casque “doughboy” et des costumes à motifs ocelot, ou recouverts de zébrures. Les tenues de Gallo défient les stéréotypes : elles renversent souvent les tropes fétichistes masculins en incluant des éléments féminins comme la résille, des talons, des imprimés criards et des capes spectaculaires. Elles explorent ainsi tout le spectre du genre et font écho aux tendances androgynes du début des années 1970. » À cette époque, Richard Gallo collabore d’ailleurs avec quelques créateurs de mode (Ronald Kolodzie et Phillip Haight), et se montre dans les bars et clubs les plus légendaires du New York d’alors, comme le Max’s Kansas City ou le sulfureux Studio 54.

Photos © Scott Rollins & Cressman Center

Richard Gallo n’a d’ailleurs jamais fait de distinction entre sa vie et son art. Dans un documentaire sur l’artiste réalisé par Jeannie Sui, actuellement en post-production, Susan Raymond, une proche de Gallo, raconte : « Il a créé un monde théâtral. Son appartement était une scène. (…) Le sol était recouvert de 15 cm de paillettes, puis la semaine suivante, il changeait cette scénographie. Il était toujours en costume, même lorsqu’il était seul dans son appartement. »
« Lemon Boy » n’est donc pas un alter-ego. Dans la rue comme sur scène, en boîte de nuit ou chez lui, il soigne son apparence et façonne au fil des années sa « persona ». C’est là sa marque de fabrique et la formule au cœur de son œuvre : un savant alliage entre création d’un look, travail corporel et développement d’une gestuelle spécifique. Pour le metteur en scène Robert Wilson, Gallo est le seul artiste à avoir eu une approche aussi transversale vis-à-vis de la mode et de la performance. Il y a quelque chose d’alchimique dans sa pratique : elle transforme du pauvre, du brut (son corps et les vêtements usés) en objets d’art désirables et glorifiés. « Il aimait associer des combinaisons à paillettes sur mesure ou des vêtements fétichistes en cuir avec des accessoires utilitaires comme des coussinets d’ascenseur, des gants en caoutchouc industriels ou encore des casques de la Première Guerre mondiale. Ces accessoires, qui s’inscrivent dans une esthétique de la bricole, lui servaient également de boucliers psychologiques contre le public », ajoute Scott Rollins. Il faut en effet prendre en compte qu’à l’époque, la sexualité et l’homosexualité sont tabous. Pour ces raisons, et à cause de leur radicalité, les extravagances de Richard Gallo lui valent d’être sifflé et interpellé à de nombreuses reprises. L’artiste finit par en faire une composante de son art. À propos d’une performance en costume sur la Cinquième Avenue en 1971, il expliquait dans ses notes personnelles : « D’abord, la foule s’accumulait, puis la circulation ralentissait pour voir ce qui se passait. Ensuite, la police s’est présentée. Quand j’ai entendu la sirène, j’ai su que le spectacle était terminé. C’était une bonne fin. »

Lors de son spectacle Squalls au Festival mondial du théâtre de Nancy en 1973, on lui lancera même des légumes pourris. Cependant, malgré les incompréhensions (du public comme de la critique), Gallo continuera de perturber les conventions avec ses apparitions flamboyantes et décomplexées… jusqu’à ce que le sort en décide autrement. En 1982, il est victime d’un AVC. Partiellement immobilisé, il décide alors de se retirer de la scène artistique new-yorkaise jusqu’au terme de sa vie, en 2007. Sa dernière performance s’était déroulée deux ans avant son attaque cérébrale, en 1980, dans le temple de l’avant-garde new-yorkaise The Kitchen. En guise de final, l’artiste avait inondé le théâtre de fumée, contraignant les spectateurs à fuir. Une façon idoine de clôturer sa carrière effrontée et son œuvre iconoclaste.

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