« Libérations sexuelles, révolutions visuelles » : La Cinémathèque célèbre le sexe cet été

Article publié le 28 mai 2019

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Photo : Pink Narcissus, James Bidgood.
28/05/2019

À travers une série de projections, la Cinémathèque française à Paris encense les cinéastes qui ont osé représenter la multiplicité des sexualités.

Du 19 juin au 11 juillet, la Cinémathèque présente « Libérations sexuelles, révolutions visuelles » et réhabilite, à travers une programmation aussi riche que variée, les œuvres oubliées ou censurées de ceux qui ont contribué à offrir, sur grand écran, une représentation libre de la sexualité dans toute sa diversité. Courts-métrages, longs-métrages, documentaires… en 31 séances et plus de 80 films, l’événement offre un coup de projecteur aux réalisateurs qui, depuis les prémices du cinéma à la fin du XIXème siècle et jusqu’à aujourd’hui, ont mis en lumière via le septième art des réalités restées trop longtemps cachées, quitte parfois à être banni ou à voir leurs œuvres dénigrées.

Soigneusement concoctée par Nicole Brenez, historienne, théoricienne et professeure de cinéma, la programmation se concentre sur une série de films engagés, tant d’un point de vue esthétique que sur le plan politique, et défend « des combattants et des parias » qui, eux-mêmes d’ailleurs, n’ont pas toujours assumé leurs créations, conscients de leur portée et de ce qu’elles sont capables de susciter dans une société où le sexe est à la fois tabou et glorifié. 

« La visibilisation de la sexualité au cinéma va de paire avec un combat politique où convergent les luttes pour l’égalité et la liberté. »

Ainsi, Pink Narcissus, qui fait partie des films sélectionnés, est dans son générique orphelin de réalisateur. Ce dernier, James Bidgood, a préféré rester anonyme dans l’Amérique de 1971 où a été tournée cette œuvre à l’homoérotisme kitsch, dans lequel un jeune prostitué au corps d’éphèbe (Bobby Kendall) se délecte de son reflet dans le miroir, et s’imagine matador ou esclave de la Rome Antique. Il faut dire que par le passé, d’autres s’étaient retrouvés condamné à des peines de prison après s’être risqués à soutenir des films mettant en scène la relation entretenue par deux hommes, comme le lituanien Jonas Mekas avec Un chant d’amour (réalisé en 1950, sorti en 1975).

D’autres encore, comme Lionel Soukaz, ont dû faire face à la censure. Classé X au moment de sa sortie, le documentaire Race d’EP, – « pédéraste » en verlan – est défendu par des philosophes et intellectuels tels que Simone de Beauvoir, Roland Barthes ou encore Michel Foucault. Selon Lionel Soukaz, il s’agit du « premier film homosexuel, fait par les homosexuels, qui ne voit pas l’homosexualité comme un détail de l’histoire, mais qui raconte l’histoire des homosexuels, depuis l’invention du mot en 1860 ». Tourné en pleine manifestation contre la répression de l’homosexualité, Le Lézard du péril mauve fait de même et souligne une nouvelle fois l’idée que la visibilité de la sexualité au cinéma va de paire avec un combat politique où convergent les luttes pour l’égalité et la liberté.

De l’adaptation en 2000 du roman Baise-moi de Virginie Despentes, paru six ans plus tôt, aux courts-métrages de la réalisatrice américaine lesbienne Barbara Hammer décédée en mars dernier, le féminisme constitue également une thématique centrale de « Libérations sexuelles, révolutions visuelles ». « Comme il n’y a pas de réalisatrice lesbienne dont je puisse étudier la vie et le travail, j’étudierai ma propre vie et, ce faisant, tenterai de combler le vide de l’histoire lesbienne pour les lesbiennes du XXIe siècle », expliquait la cinéaste en 1981. Regroupés sous la séance « C’est pour mon propre plaisir », six de ses courts-métrages seront diffusés. Malgré leur importance indéniable concernant la représentation de la liberté sexuelle au cinéma, Bruce La Bruce, Pier Paolo Pasolini, Wong Kar-wai ou encore Gus Van Sant ne figurent en revanche pas au programme.

Outre les projections, lors de séances qui empruntent toutes leur nom à des passages de Salomé, pièce de théâtre écrite par Oscar Wilde en 1891 et interdite de représentation pendant plusieurs décennie au Royaume-Uni puis adaptée par Charles Bryant en 1922, des conférences et des spectacles seront présentés au sein de la Cinémathèque. En parallèle, une exposition gratuite baptisée « Champs d’amours, 100 ans de cinéma arc-en-ciel », centrée sur la représentation des minorités LGBTQ+ au cinéma, sera présentée du 25 juin au 28 juillet à l’Hôtel de Ville de Paris.

« Libération sexuelles, révolutions visuelles » se tiendra du 19 juin au 11 juillet 2019 à la Cinémathèque française, 51 Rue de Bercy, Paris 12.

L’exposition « Champs d’amours, 100 ans de Cinéma Arc-en ciel » sera présentée du 25 juin au 28 septembre 2019, de 10h à 18h30 au sein de la salle Saint-Jean de l’Hotel de Ville, Place de l’Hôtel de Ville, Paris 4.

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