Le pape du cinéma trash John Waters revient sur sa sulfureuse carrière dans un nouveau livre

Article publié le 23 mai 2019

Photo : John Waters.
23/05/2019

Le réalisateur culte John Waters vient de publier « Mr. Know-It-All : The Tarnished Wisdom of a Filth Elder » : un ouvrage dans lequel il revient sur les anecdotes piquantes qui ont émaillé sa carrière cinématographique, prodigue ses conseils à la jeune génération et se dévoile avec honnêteté sur ses expériences passées.

Après Make Trouble, un appel à la désobéissance publié en 2017, et Carsick, dans lequel il raconte son improbable road trip à travers les États-Unis, marqué par sa rencontre avec un groupe de rock et un politicien républicain, John Waters est de retour avec un septième livre intitulé Mr. Know-It-All : The Tarnished Wisdom of a Filth Elder. Un ouvrage dans lequel le cinéaste et acteur américain se remémore son passé avec une extrême franchise. 

Sur l’illustration qui fait office de première de couverture, la silhouette filiforme et élancée de ce dandy aux lèvres surplombées d’une moustache ultra-fine, comme tracée au feutre noir, apparaît installée sur un trône. Une couronne sur la tête, celui que l’on surnomme « le Prince du vomi » s’offre une connotation royale supplémentaire avec le sceptre qu’il tient dans sa main gauche et lève l’index de l’autre, jouant les grands sages. Il faut dire que « Mr. Know-It-All », qui se traduit en français par « M. Je-Sais-Tout », se situe à mi-chemin entre le livre de conseils et les mémoires. Car entre ses souvenirs et ses hommages – notamment à Andy Warhol -, John Waters distille, au fil des pages, de précieux tips à ceux qui rêvent, par exemple, de devenir réalisateurs.

Photo : John Waters, Mr. Know-It-All : The Tarnished Wisdom of a Filth Elder.

Né d’un désir irrépressible de transmettre, son nouveau livre est construit autour de chapitres autonomes dédiés à des sujets divers et variés, allant de ses souvenirs de tournage à ses goûts musicaux, en passant par son amour pour l’architecture brutaliste et ses trajets en première classe dans les avions. Parmi eux, plusieurs sont également consacrés aux longs métrages exubérants qui ont forgé sa réputation de réalisateur culte. Ainsi, un chapitre entier est consacré à Hairspray (1988), comédie musicale hilarante avec, en vedette, l’acteur fétiche de John Waters : la flamboyante drag queen Divine. Un autre revient quant à lui sur le grotesque Polyester (1981), dans lequel Divine campe Francine, une mère de famille confrontée à un fils fétichiste des pieds, un mari pornographe et une fille dévergondée. Un autre encore se concentre sur Cry-Baby (1990), un des premiers films à avoir révélé Johnny Depp, tourné dans la ville de naissance de John Waters, Baltimore, comme tous ses autres long métrages. 

Grand représentant du cinéma underground et souvent qualifié de provocateur, « le pape du trash » (un autre surnom, que lui a donné l’écrivain William S. Burroughs) partage aussi ses destinations de vacances favorites, révèle ce qu’il pense de Hollywood ou évoque la meilleure manière de dire « je t’aime » selon lui. Le livre comprend également son lot d’anecdotes sulfureuses, dont celle retraçant son trip sous LSD à l’âge de 70 ans avec son amie l’actrice Mink Stole, figure incontournable du crew des « Dreamleaders » qui gravite autour de lui et composé notamment de l’acteur David Lochary, décédé en 1977 ou encore de Mary Vivian Pearce et, bien-sûr, de Divine. Un ouvrage dans le prolongement de l’œuvre de John Waters, qui n’a pas sorti de film depuis A Dirty Shame en 2004, marqué par la même excentricité teintée d’humour caustique qui a fait son succès.

À lire aussi :

[ess_grid alias= »antidote-home2″]

Les plus lus

Shalva Nikvashvili : « La liberté de notre société est une utopie à laquelle je rêve encore »

Après avoir quitté l’ultra-orthodoxe Géorgie et s’être heurté à l’hostilité de la société occidentale face à sa condition d’immigré, l’artiste Shalva Nikvashvili explore la notion d’identité à travers une pluralité de médiums allant de la sculpture au dessin en passant la vidéo, la photographie ou encore la poésie. Ses créations plastiques tiennent d’un savoir artistique fait main et interpellent par les matières recyclées avec lesquelles elles sont exécutées et leur design hétéroclite. Elles traduisent par ailleurs une adresse manuelle que l’artiste tient de son éducation au milieu de la campagne géorgienne, à Sighnaghi, son village natal, où il a appris à faire œuvre de rien dès son plus jeune âge.

Lire la suite

Bambi: « I’d decided to live in women’s clothes »

Born in a boy’s body in 1935, Marie-Pierre Pruvot – better known under the stage name Bambi – has lived, to put it mildly, an uncommon life. It has led her from a small Algerian town to the mythic Parisian cabarets Madame Arthur and the Carrousel, from which in time she set forth to become a professor of French literature and then a writer. In the following interview, conducted by meneuse de revue Allanah Starr, Pruvot looks back on the prodigious journey that made her into a pioneer and model for generations of trans people. 

Lire la suite

Bambi : « J’étais décidée à vivre habillée en femme »

Née dans un corps de garçon en 1935, Marie-Pierre Pruvot – mieux connue sous son nom de scène, Bambi – a mené une existence pour le moins hors du commun, qui l’a menée d’une commune du nord de l’Algérie aux mythiques cabarets parisiens Madame Arthur et Le Carrousel, qu’elle a finalement quittés pour devenir professeure de français puis se consacrer à l’écriture. Dans cette interview signée par la meneuse de revue Allanah Starr, elle revient sur son prodigieux parcours, qui a fait d’elle une pionnière et un modèle pour plusieurs générations de personnes trans.

Lire la suite

Gaspar Noé : « J’ai fait presque tous mes films par effraction »

Le réalisateur culte Gaspar Noé est de retour sur grand écran avec Vortex, son sixième long-métrage, en salles depuis la mi-avril. Celui-ci nous plonge dans les affres de la maladie d’Alzheimer dont souffre le personnage incarné par Françoise Lebrun, à travers un split screen qui la suit dans son quotidien aux côtés de son mari, joué par le maître du giallo Dario Argento. Dédié « à tous ceux dont le cerveau se décomposera avant le cœur », ce film marque un tournant dans la carrière du réalisateur, tout en revisitant ses obsessions. « Le temps détruit tout », avertissait déjà le détenu interprété par Philippe Nahon au début d’Irréversible.

Lire la suite

Gaspar Noé : « I’ve made almost all my films by breaking and entering »

Cult director Gaspar Noé is back with Vortex. His sixth feature film plunges us into the throes of Alzheimer’s disease, which Françoise Lebrun’s character suffers from, through a split screen that follows her day-to-day life with her husband, played by the master of giallo, Dario Argento. The movie marks a turning point in the director’s career, while revisiting his obsessions. As Philippe Nahon’s character declared at the beginning of Irreversible, “Time destroys everything.”

Lire la suite

Newsletter

Soyez le premier informé de toute l'actualité du magazine Antidote.