Lancé en 2001 par Gert Jonkers et Jop van Bennekom, puis relancé en 2022 sous l’égide de Bottega Veneta, le magazine dédié aux cultures queer a vu son compte Instagram supprimé fin avril. En cause ? Un soi-disant non-respect des guidelines de la plateforme du groupe Meta. Une censure qui participe à invisibiliser les voix des communautés LGBTQI+ et leurs relais médiatiques.
Une plateforme dédiée aux cultures queer.
« Uncensored Since 2001» : telle est la devise de Butt Magazine. Depuis sa création, et son retour en 2022 après une pause de onze ans, le magazine met en effet un point d’honneur à mettre en avant, sans pudeur, les communautés LGBTQl et les personnes qui les composent. Corps poilus, gros, racisés, personnes trans… À chaque nouveau numéro, la publication biannuelle donne la parole à un panel de personnalités aussi varié qu’inclusif, loin des représentations parfois excluantes d’une communauté queer trop souvent incarnée par des hommes gays, blancs et musclés.
Menée par le journaliste américain Andrew Pasquier, avec les fondateurs originels, Butt se démarque par ses interviews et photos sans filtre, affichant sans détour une nudité frontale, alternant entre paires de fesses, paires de seins ou parties génitales. Surfant à la fois sur un érotisme et une crudité quasi documentaire, le magazine met autant en lumière des travailleur·se·s du sexe que des activistes et des artistes queer, à l’instar des réalisateur·ice·s Lilly Wachowski et Bruce LaBruce, de la mannequin et actrice Hari Nef, de l’écrivaine Constance Debré, ou encore du chanteur Mahmood, cover boy de son dernier numéro.
Une procédure-bâillon.
Mais récemment, la devise du magazine s’est heurtée à Meta. Considérant une violation de ses abstraites « directives d’intégrité des comptes », dont les contours sont plus en plus floues, le groupe de Mark Zuckerberg a tout simplement décidé de supprimer le compte @buttmagazine, qui comptabilisait 150 000 abonnés, poussant la publication à recréer un compte @butt _news et à prendre la parole pour dénoncer une procédure-bâillon dont elle n’est malheureusement pas la seule victime.
Lundi 4 mai, le média s’est ainsi exprimé dans un post : « les décisions prises aujourd’hui par les géants de la tech portent directement atteinte à notre liberté de la presse ». « Notre suspension s’inscrit dans une vague de suppressions touchant des dizaines de comptes queer appartenant à des espaces artistiques, clubs, bars et organisations à Amsterdam et Berlin ces dernières semaines », poursuit le magazine.
Une censure débridée et une parole haineuse libérée.
Car ce dernier est loin d’être la seule victime de Meta. Et si les contenus militants, LGBTQIA + et/ou féministes sont censurés de plus en plus sans raison apparente, en face, la parole haineuse semble, quant à elle, avoir de plus en plus de place pour s’exprimer. Car en même temps qu’il supprime les contenus enfreignant sa politique de modération, à l’instar de ceux de Butt Magazine, Meta laisse le champ libre aux propos tombant pourtant sous le coup de la loi. Le géant américain a ainsi déjà été épinglé pour son refus de modérer des commentaires transphobes, poussant en janvier quatre associations LGBTQ+ (Stop Homophobie, Mousse, Adheos et Familles LGBT) à porter plainte et à dénoncer une « discrimination structurelle ».
Ce n’est pas la première fois non plus que Meta est accusé de censure LGBTphobe. En septembre 2025, plusieurs collectifs queer techno, dont les comptes Instagram ont été supprimés, avaient dénoncé la situation. Trois mois plus tard, plusieurs associations féministes parlant d’avortement ou de santé sexuelle leur emboîtaient le pas, avec une tribune dénonçant la volonté de Meta de les faire taire.