BetterHelp, qui propose des thérapies en ligne et se présente comme le « leader de la santé mentale », est au cœur d’un débat éthique et de plusieurs polémiques. En cause : des partenariats avec des influenceur·se·s rémunéré·e·s pour faire la pub de cette plateforme américaine, qui participe à l’ubérisation de la santé mentale.
Fondée en 2013 aux États-Unis et fraîchement débarquée en France, BetterHelp propose de mettre en relation ses utilisateur·rice·s avec des psys, pour permettre à chacun·e de suivre une thérapie sans avoir à bouger de son canapé. Si de prime abord, l’initiative semble louable, car elle démocratise le fait de consulter, cette dernière inquiète aussi les professionnel·le·s du secteur et certain·e·s élu·e·s, qui mettent en garde contre une ubérisation de la santé mentale et s’interrogent sur une potentielle interdiction en France.
L’ubérisation de la santé mentale.
Alors que la santé mentale est de moins en moins taboue et que la démocratisation de ChatGPT a conduit certain·e·s à se confier sur leurs états d’âme derrière leur écran, BetterHelp, qui est disponible en France depuis janvier, fait la promesse louable de nous mettre en relation avec des thérapeutes référencés, selon l’application, par l’ARS.
Mais la plateforme, qui a collaboré avec Justin Bieber, Ariana Grande ou encore Travis Scott, est accusée de participer à une ubérisation de la santé mentale dont elle se prétend être un « leader ». Début avril, dans une tribune publiée par Le Figaro, un collectif de psychologues et psychothérapeutes alertait ainsi sur les dérives d’un système qui repose sur une « monétisation de la souffrance psychique » et exploite la vulnérabilité des patient·e·s. Les praticien·ne·s seraient par ailleurs mal rémunéré·e·s, incité·e·s à être disponibles 24h/24 et le montant qu’ils·elles perçoivent varie selon la longueur de leurs échanges avec les patient·e·s.
Le modèle économique de BetterHelp renforce ces critiques. La plateforme, qui dépense des millions de dollars en marketing, fonctionne sur abonnement (à partir d’environ 45 euros par semaine) et celui-ci est prélevé même en cas d’indisponibilité des thérapeutes. Un coût qui peut dépasser celui d’un suivi en cabinet, d’autant qu’en France, pour les étudiant·e·s, la cible principale de BetterHelp, les 12 premières consultations peuvent être prises en charge.
L’omniprésence de BetterHelp sur les réseaux sociaux accentue ces critiques. Comme le relate une enquête publiée en février par Mediapart et d’autres articles comme celui de Libération, la plateforme investit massivement sur les influenceur·euse·s. Une stratégie qui interroge jusque dans la sphère politique. En novembre 2025, le député centriste Olivier Falorni évoquait la possibilité d’interdire ce type de plateforme en France, pointant les risques d’un domaine de la santé mentale marchandisé.
Des partenariats rémunérés problématiques.
La santé mentale devient ainsi un levier marketing. Sur YouTube, les recommandations pullulent ; des dizaines de créateur·rice·s de contenu vantent l’application sur un ton laudatif. Mais ces éloges, destinés à inciter une audience parfois vulnérable à entreprendre et financer une thérapie, sont le fruit de collaborations commerciales qui brouillent la frontière entre témoignage sincère et publicité. Une stratégie qui dépasse le simple cadre promotionnel et soulève des enjeux éthiques. D’autant que BetterHelp s’inscrit avant tout dans une logique de chiffre d’affaire, capitalisant sur l’anxiété, le deuil ou la dépression.
À ces critiques s’ajoutent des préoccupations concernant la gestion des données personnelles. En 2024, aux USA, BetterHelp a fait l’objet d’une sanction administrative et a préféré verser près de 10 millions de dollars pour clore l’enquête qui la visait, suite à la revente des datas de ses utilisateur·rice·s à Facebook et Snapchat.