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Myriam Boulos : ou l’utilisation de la Pop comme cheval de Troie.

Pour assurer la promo de « Together, Together », la prochaine tournée de Harry Styles liée à l’album « Kiss All the Time » et qui débutera en mai 2026, pas de photos du chanteur britannique.

À la place, en gros plan, une série de clichés de personnes qui s’embrassent. À première vue, rien de plus banal. Mais au fil des images, une intensité particulière se révèle. Notamment grâce à l’utilisation d’un flash aveuglant et à la mise en avant de corps queers et/ou racisés.

Derrière l’objectif : Myriam Boulos, une artiste engagée, qui a commencé sa carrière en prenant des photos de la vie nocturne libanaise et explore depuis les révolutions intersectionnelles qui vont de l’intime au politique.

De la rue à l’international

L’histoire de cette série de photos débute lorsque Harry Styles découvre What’s Ours (Éditions Aperture, 2023), un livre qui rassemble des images prises de 2013 à 2023 par Myriam Boulos, dont l’artiste tombe amoureux de la couverture. Cette dernière met en scène Laura-Joy, la sœur de la photographe, embrassant Jasmine, sa petite-amie, en pleine période de soulèvements contre le système politique, au Liban, en 2019.

La directrice artistique de Harry Styles contacte alors Myriam Boulos et lui confie la création de nouvelles photos, afin de mettre en  image la tournée du chanteur, avec cette photo comme référence et point de départ.

La pop culture comme cheval de Troie

« Avec mes photos, j’essaie de défier les représentations stéréotypées de notre région du monde. »

Dans un contexte politique mondial de plus en plus hostile aux identités diverses et variées, alors que l’extrême droite se normalise, choisir de travailler avec Myriam Boulos et lui donner une liberté totale dans son art est un geste politique. Que ce dernier soit conscient ou inconscient, il s’agit d’une prise de position que certain·e·s artistes internationaux·les de la même envergure pourraient avoir peur de prendre.

What’s ours. Lebanon, Beirut, on the 20th of October 2019.

En plus de donner de la visibilité à une artiste de la région du Levant, cette campagne rend visibles les corps marginalisés qu’elle immortalise. Myriam Boulos infiltre ainsi un espace grand public et force le monde à faire face à des vies qu’on oublie ou qu’on préfère souvent cacher.

Ici, la pop culture devient un cheval de Troie qui véhicule des messages forts à une audience aussi large que variée.

Quid d’une récupération et d’un Queerbaiting ?

« En tant que femme, arabe, neurodivergente et queer issue de classe moyenne supérieure – et donc pleinement consciente de mes privilèges, la question de la récupération est au centre de mes réflexions. »

Harry Styles ayant déjà été accusé de queerbaiting par le passé, en raison de sa position d’homme blanc hétérosexuel, la question de la récupération se pose naturellement. La photographe y répond  en insistant sur l’« agentivité partagée, pierre angulaire de mon travail, plaçant l’écoute, l’honnêteté et la collaboration au cœur du projet, et fermant ainsi la porte à la récupération. »

L’artiste ajoute qu’elle a travaillé cette campagne comme un nouveau projet personnel plus que comme une collaboration commerciale : « J’ai eu carte blanche, j’ai tout fait à ma façon et j’ai travaillé avec des personnes qui m’inspirent. » Selon elle, cette campagne « ne cherche pas à cocher des cases spécifiques pour plaire. »

Exister dans un espace qui ne veut pas de nous.

« Historiquement, la photographie a servi d’outil de traçage et de surveillance par l’Etat et la police. Les mêmes images que nous prenons aujourd’hui pour simplement exister et occuper notre espace peuvent se retourner contre nous. »

Myriam Boulos fait donc extrêmement attention à la diffusion de ses images et s’assure toujours que les personnes photographiées, même si elles sont bien évidemment consentantes, sont bien conscientes des risques et répercussions possibles.

What’s Ours, le livre de l’artiste, n’est d’ailleurs pas distribué au Liban, pays dans lequel les communautés LGBTQIA+, malgré une certaine ouverture, sont encore précarisées et n’ont pas accès aux mêmes droits pour exister librement.

Ici, l’intimité des clichés devient politique. Le baiser est une arme. « Quand une personne est photographiée, je lui demande comment elle souhaite être représentée, ce qu’elle veut ou ne veut pas montrer, etc. C’est un risque partagé. », explique l’artiste.