Troye Sivan Antidote

Qui est Troye Sivan, 22 ans et icône queer de la pop ?

Photo : Troye Sivan
Texte : Maxime Retailleau

Alors que la sortie de son second album est imminente, le premier extrait aux inspirations eighties My My My! est déjà un tube. À tout juste 22 ans, Troye Sivan est aussi cette saison égérie de la maison Valentino et vient de tourner dans un long-métrage aux côtés de Nicole Kidman, Xavier Dolan. Rencontre avec le nouveau wonderboy ouvertement gay de la pop.

Ex-enfant star, Troye Sivan a aujourd’hui 22 ans et vient de révéler un personnage moins innocent qu’à ses débuts avec son nouveau clip My My My!, où il apparaît avec un anneau dans le nez et les cheveux humides dans un décor de backroom, dans des plans entrecoupés de flashs d’hommes torses nus, dont la célèbre pornstar gay Brody Blomqvist. « Dans la vidéo je danse comme je le fais en club, donc je voulais juste me montrer tel que je suis et partager ça, affirme le chanteur. C’est une progression vraiment naturelle, j’ai écrit le morceau et l’idée du clip m’est tout de suite venue à l’esprit, ça me semblait à la fois authentique et excitant. » Ayant déjà atteint 23 millions de vues en seulement deux mois, le titre et sa vibe eighties ont l’essence du tube : un rythme dansant, un refrain catchy parlant d’une histoire d’amour fugace, et une longueur de 3 minutes 30, soit la durée d’un morceau pop préconisée par l’industrie.

Le succès du titre est de bon augure pour celui de son second album, qui sortira ce printemps et fera suite au remarqué Blue Neighbourhood (2015), premier LP de l’artiste accompagné d’une trilogie vidéo, racontant l’évolution d’une histoire d’amour fictionnelle avec un autre adolescent. Troye Sivan est d’ailleurs sans doute la première star de la pop ouvertement gay depuis ses débuts ; au sommet de leur carrière, Tab Hunter, Johnny Mathis et George Michael continuaient à employer le « she » dans leurs morceaux parlant d’amour. Le chanteur australien a lui fait son coming out public dès l’âge de 18 ans.

Talent précoce

Né en 1995 à Johannesburg d’une mère mannequin et d’un père plombier issu d’une famille juive, Troye Sivan déménage dès ses deux ans dans la banlieue de Perth, en Australie – ses parents souhaitant fuir les violences en Afrique du Sud. Très tôt, il se passionne pour les stars de la pop, de Michael Jackson à Madonna, dont il chante les morceaux des heures d’affilées dans sa chambre. « Le morceau Like a Prayer était comme l’hymne de ma jeunesse, je trouvais Madonna tellement cool, raconte-t-il. Ensuite, je suis aussi tombé amoureux d’Amy Winehouse et de Robbie Williams, et je me suis de plus en plus intéressé à la pop. »

Il fait ses premiers pas sur scène lors des fêtes juives Yom Kippour. Puis son cousin lui fait découvrir Youtube, à douze ans, et il commence à y sortir des reprises de morceaux célèbres, qu’il réunit dans son premier EP Dare to Dream. En parallèle, il fait ses débuts comme comédien et tient le rôle d’Oliver Twist dans la comédie musicale Oliver ! de Lionel Bart, centrée sur le personnage de Charles Dickens. Le voilà lancé vers le succès : en 2009, soit deux ans plus tard seulement, il obtient un rôle dans un blockbuster. « J’ai été découvert par un manager de télé et de cinéma, et il m’a demandé si j’avais déjà été acteur, et ce n’était pas le cas. Il m’a demandé Ça te dérange si je t’envoie à quelques auditions ?”. Et la première était pour X-Men Origins : Wolverine, j’ai eu le rôle du jeune Wolverine et c’était le monde le plus dingue dans lequel je pouvais rentrer. »

Il jouera ensuite dans En Attendant Godot de Samuel Beckett aux côtés d’Ian MacKellen, puis enchaînera les rôles au cinéma auprès du réalisateur Donovan Marsh, qui lui confie le rôle principal de sa trilogie Spud, racontant l’histoire d’un adolescent sud-africain fréquentant une école élitiste, et se liant d’amitié avec l’un de ses professeurs.

Star tout-terrain

Mais c’est surtout en ligne que Troye Sivan, qui compte aujourd’hui près de 8 millions de followers sur Instagram et 6 millions sur Youtube, parvient à la célébrité. En parallèle des reprises, il se tourne vers le vlogging humoristique : « Je pense que c’était par ennui. Après quelques années j’ai commencé à suivre des cours depuis chez moi, j’avais beaucoup de temps libre et j’adorais faire des vidéos donc j’ai commencé à les diffuser sur Youtube. » Il les intitule « Comment se faire des amis ? », « Quel est votre sex song ? », ou « Que faire à trois heures du matin ? », et y apparaît face caméra, se chargeant lui-même des montages. À 18 ans, il dévoile une nouvelle pastille dans laquelle il fait son coming out face à ses 500 000 abonnés, trois ans après avoir révélé son homosexualité à sa famille (qui l’avait instantanément acceptée) après avoir lui-même visionné ce type de vidéos de manière boulimique durant des mois. À nouveau, il reçoit une vague d’encouragement : « C’était un tel épanchement d’amour et de soutien, ma communauté internet était comme une seconde famille ». À la fin de la vidéo, Troye laisse son contact pour que ses abonnés puissent le contacter si ils le souhaitent. « J’ai reçu beaucoup de messages de personnes qui m’ont affirmé qu’elle avait eu un impact déterminant chez eux, et j’en reçois toujours aujourd’hui. C’est probablement ce qui a été le plus gratifiant dans ma vie ».

L’année suivante, l’artiste sort l’EP TRXYE, classé numéro 1 sur Itunes dans 66 pays , et notamment grâce au tube pop « Happy Little Pill », efficace sans pour autant réinventer le genre. Il poursuit rapidement avec un nouvel EP intitulé Wild, dont le prolongement donnera naissance en 2016 à son premier album Blue Neighborhood. Ses titres pop dédiés aux histoires d’amour adolescentes rencontrent à nouveau le succès – le morceau Youth est un succès international et fait connaître le chanteur à très grand échelle.

Il dévoilera en juin son second album, dont My My My! et le plus acoustique The Good Side sont les premiers extraits. « Je dirais qu’il est beaucoup plus drôle que le premier, il est plus poussé. Je pense aussi écrire de meilleurs textes, c’est toujours aussi sincère et brut qu’auparavant mais j’ai éprouvé davantage de plaisir à composer ce nouvel album et je crois que ça s’entend. Je sais maintenant comment j’aime travailler, je sais ce que je cherche à exprimer, comment le dire, et avec qui collaborer. Donc c’était une expérience d’écriture plus raffinée. J’ai travaillé avec mes meilleurs amis et composé l’album que j’ai toujours voulu faire. »

On y retrouvera un morceau en featuring avec Ariana Grande, qui s’est faite discrète depuis l’attentat de 2017 survenu lors d’un de ses concerts dans un stade de Manchester. « Nous sommes amis depuis un moment, j’avais écrit ce morceau et je rêvais qu’elle collabore avec moi dessus, précise Troye. J’étais effrayé de lui demander, je lui ai dit : “Pourrais-tu à tout hasard être intéressée ?”, et le lendemain elle me l’avait renvoyé avec sa voix dessus, et le single était terminé. »

Le polymath toujours avide de nouveaux projets incarne également cette saison le visage de la ligne homme de Valentino pour laquelle il danse vêtu de la collection printemps-été 2018 de la marque sur le tube Paranoimia de Art of Noise. Il décroche en parallèle un nouveau rôle dans un film au casting cinq étoiles, Boy Erased, qui sortira dans les salles françaises en novembre prochain et où on le retrouvera aux côtés de Nicole Kidman, Xavier Dolan ou encore Russell Crowe. Il y joue un jeune homme homosexuel envoyé en « thérapie de conversion » : une adaptation du roman autobiographique de Garrad Conley, réalisé par Joel Edgerton. « J’étais effrayé, se rappelle Troye Sivan, parce que je n’avais pas joué dans un film depuis un long moment, et j’ai vraiment l’habitude de contrôler ce que je fais dans la musique, car je m’implique à chaque niveau du processus de création. Ici, je joue et ensuite c’est le réalisateur qui fait le film, je ne l’ai toujours pas vu, je suis nerveux mais impatient. »

Malgré son succès fulgurant – rappelant le parcours d’autres enfants stars devenus des célébrités internationales comme Justin Bieber – et l’imminence d’une grande tournée post-album dont les dates seront bientôt annoncées, Troye garde la tête bien fixée sur les épaules. Son secret ? Vivre au jour le jour. « C’est un monde un peu fou où beaucoup d’expériences nous dépassent, et il faut juste s’entraîner à être présent, c’est comme une montagne russe et il faut savoir rester calme et surtout prendre du plaisir, explique-t-il. Il faut rester concentré et toujours que c’est ton rêve que tu es en train de vivre. »

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