Lucie Maimouni Lettre Antidote

Pourquoi la lettre de motivation de Lucie Mamouni nous a touchés

Texte : Lucie Mamouni

« Je ne suis pas la plus parfaite quand j’écris. J’ai loupé mon année de lettres, je suis dyslexique, mais quand j’écris, le monde s’arrête » : voilà la lettre de motivation de Lucie qui a interpellé la rédaction d’Antidote.

Bonjour,

 Je me présente, je m’appelle Lucie Leïla Mamouni, j’ai 20 ans. J’ai l’impression d’être aux alcooliques anonymes, mais à vrai dire, sur ses mots, je ne veux pas jouer de rôle. Mon problème, serait dans ce cas d’avoir un nom d’arabe, vu que la plupart des gens se languissent de ce léger détail. Chaque jour, j’utilise mes mots, dans ma colère, dans ma tristesse, dans mon inspiration. Le plus souvent, mes mots sont maladroits, déambulant parmi mes opinions et ma jeunesse, sans que je ne m’en aperçoive.

Alors, pour tout vous dire, j’ai un bac STMG en spécialité communication (pas extraordinaire). J’ai débuté une première année en lettres et communication, et aujourd’hui je suis en BTS communication en alternance au conseil départemental du 94, pas loin de mon quartier. Pour être honnête, je suis saoulée, et je ne sais pas trop quoi faire. Ce que je sais c’est que j’aime écrire aller à la rencontre des autres, je n’ai pas d’expérience et je suis sûrement pleine de naïveté, mais j’en veux, encore et encore. Les études, ce n’est pas mon fort. Mon problème c’est que j’ai du mal avec les règles, et j’ai peur de donner ma confiance. Je sais les études c’est important, mais ça n’a jamais été mon truc. Ce que je veux, c’est sûrement de partir loin de tout ça, loin de ce vacarme sans prise de vue. Au lycée, les profs disaient que je n’allais pas avoir mon bac, et que même si je l’avais, je n’étais pas trop faite pour l’écriture. Mais mon remède, c’est l’écriture. Parfois je déclare mon amour à l’Islam, et puis je fais une chronique sur la mini-jupe. Il m’arrive d’être un peu perdue, l’écriture m’aide à me retrouver. Ce que je recherche, c’est une véritable notion de partage.

« Mon objectif depuis petite, c’est de vivre grâce à mon écriture »

Mon objectif depuis petite, c’est de vivre grâce à mon écriture. Ce qui m’intéresse, c’est faire parler la rue, celle que l’on n’entend pas, ou plutôt celle que l’on n’écoute pas. Celle que l’on préfère juger par sa couleur de peau ou son département. J’en ai marre de tout cela, de cette saloperie de racisme, qui se glisse à travers nos murs, et qui prend le métro avec nous. Mais qu’est ce qu’une foutue gamine pourrait faire pour changer cela. Pour l’instant, elle écrit sa rage, sa rage de vivre dans un monde comme ça, entre sexisme, bombardements, clichés… Parfois j’en joue des clichés. Je précise d’un air narquois au vendeur du supermarché en bas de chez moi qui n’arrête pas de me regarder, que je n’ai pas volé, et puis quand je ressors, je me rends compte que dans la vraie vie, il y a des personnes qui pensent réellement de cette manière. Aujourd’hui, j’en fais ma force. Et puis ça ne m’atteint pas… Enfin je crois… Mais je veux être qui je suis, c’est aussi pour cela que j’écris ; avec les coups de gueule contre la politique, les hommes, les gouvernements, la mode et la police ; avec ma gorge totalement morte après avoir descendu deux paquets de clopes, et surtout, mon putain de stylo. Celui qui permet de capturer l’art, et ses instants où nos cœurs cessent de battre. Celui qui transperce ma poitrine langoureusement, et qui caresse le message. Celui qui pourrait faire réfléchir les gens. Mais les gens sont cons, ils n’écoutent pas. À vrai dire si j’écris, c’est que je sature. Je sature qu’il n’y ait pas de justice, et qu’on se foute de notre gueule. J’aime la banlieue, je l’aime tellement fort, que parfois, ça me bouffe, mais je ne veux pas l’abandonner.

J’aime la contradiction. Celle qui ne suit pas les codes, et qui va à l’encontre des médias. Eux, ils me font chier. Cela peut paraître con pour une fille qui souhaite devenir journaliste, de détester les médias. Mais je ne veux pas juste écrire, je veux faire partager ma vision des choses, qu’elle plaise ou non. Alors oui, je suis une pauvre fille de 20 piges, qui débarque de sa cité, avec des convictions, croit-elle qu’elle va changer le monde ? Ce que je veux, c’est mettre ce putain de monde face à ses problèmes. Donc non, je n’ai pas fait Sciences Po, et je ne suis pas la fille d’un reporter, mais je me balade sûrement autant avec mes couilles qu’avec mon stylo.

Cela est parfois très insensé d’avoir des convictions quand on a 16, 17, 20 ans ; mais quand la banlieue devient la seule bonne femme à qui parler, alors on tente de trouver une échappatoire, quelque chose qui ferait que l’on se sentirait plus libre ; car pour moi c’est cela la valeur de la vie quand j’écris : le fait que moi, femme, Française, Algérienne et musulmane, je sois libre. Je m’habille comme je l’entends, et j’écoute les musiques qui m’inspirent, parfois c’est du Aznavour, du Eve, du Rohff, ou du Biggie, et parfois c’est un chuchotement lorsque mes yeux captivent la mode pour ensuite envenimer ma main. J’ai plusieurs envies, faire de l’écriture mon métier, me rendre en Palestine et… continuer d’écrire.

« Je veux écrire la rue, celle qui fait peur, celle qui dérange, mais qui est le plus beau musée d’art moderne du monde, écrire l’amour parce qu’il en reste encore, écrire les femmes qui ont mal, écrire les religions et ceux qui n’en ont pas »

Vous avez dû l’entendre des milliards de fois. Je ne suis pas là pour le fric. Écrire dans mon coin, ça me va. Mais je veux écrire la rue, celle qui fait peur, celle qui dérange, mais qui est le plus beau musée d’art moderne du monde, écrire l’amour parce qu’il en reste encore, écrire les femmes qui ont mal, écrire les religions et ceux qui n’en ont pas. Parce que cela je m’en branle complètement. Ce que je veux, c’est apprendre des autres et que vous appreniez de moi.

Mon style ? C’est du vieux rap américain à la Wu Tang, un jean déchiré, des mélanges de couleurs, une passion pour l’Iran, une envie d’une autre mode que celle des magazines à la con, et des livres érotiques dans la bibli. En ce moment, je souhaiterais faire un reportage plus approfondi sur la jeunesse algérienne. J’ai commencé, mais à vrai dire j’essaie de répondre aux questions que je me pose sur le pays de mes ancêtres : au sujet de la guerre et bien d’autres choses. L’Algérie va bien mais reste très compliqué. C’est un tourbillon assez joli, comme les ruines de Constantine, mais cela reste un tourbillon, où parfois, la jeunesse se noie. Elle tient bon, car nous sommes au sein d’une belle démocratie, mais elle perd souvent pied.

Je ne veux pas jouer de rôle, je ne suis surement pas la meilleure des candidates, mais j’ai ce besoin d’écrire, peut-être je suis folle, mais je me dis que je viens de la rue et que je peux être ce que je veux.

Je ne sais pas si vous avez réussi à me cerner. N’allez pas trop loin dans votre analyse, je suis quelqu’un de simple qui parait excentrique à cause de mon rouge à lèvres de pouf, et mon fond de teint pour cacher quelques complexes. Ne vous prenez pas la tête avec des détails. Vous me passerez sûrement le stylo, un milliard de fois avant que je réussisse, mais ce que je veux, c’est qu’on me fasse confiance, malgré tous ces putains d’handicaps à la con. C’est pour cela que j’écris, pour me préparer au prochain combat.

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