Yung Beef Rap Antidote

Qui est Yung Beef, le pionnier de la trap espagnole plébiscité par la mode ?

Photos : Patrick Weldé pour Antidote : Earth été 2018. Texte : Maxime Retailleau.
Veste, chemise et lunettes, Louis Vuitton.
Stylisme : Alex Sossah.

Yung Beef s’est imposé comme le leader du renouveau musical du pays, décloisonnant au passage la frontière entre la mode et le rap.

Possédant une vingtaine de pseudos différents et autant de comptes Soundcloud, Fernando Gálvez alias Yung Beef n’aurait jamais pensé devenir célèbre en se lançant dans la musique. Son nom est pourtant sur toutes les lèvres aujourd’hui en Espagne, où il est considéré comme le roi de la trap après avoir collaboré avec les plus célèbres producteurs américains, de Metro Boomin à Southside, en solo ou avec son crew PXXR GNVG (se prononçant « Poor Gang », et récemment rebaptisé « Los Santos ») – qualifié de « phénomène le plus important du rap espagnol de la décennie » par El País. Avançant au feeling, à l’instinct – la part la plus naturelle de l’homme – , l’artiste de 28 ans vient de sortir son nouvel album Adromicfms 4 en parallèle de ses multiples incursions dans la mode, et de ses différents projets reggeaton.

ANTIDOTE. Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer votre premier groupe Kefta Boys avec Khaled, alors que vous viviez dans le quartier défavorisé de Sacromonte à Grenade ?
YUNG BEEF. On traînait dans la rue chaque jour, et j’ai toujours écouté beaucoup de rap. On a décidé de faire de la musique pour s’amuser, j’avais treize ans. Puis on a commencé à enregistrer des morceaux trois ans plus tard.

Vous avez ensuite vécu à Londres, Paris et Marseille, où vous viviez de différents petits boulots. Pourquoi avoir quitté l’Espagne pour vous y rendre ?
Grenade est vraiment une petite ville, il n’y a pas de travail, et rien à faire : j’aime les grandes villes, quand je suis au calme je deviens fou. Je suis devenu garçon de cuisine puis chef, et je voulais apprendre le français et l’anglais.

Avant de percer dans la musique, vous avez aussi dealé parfois pour gagner de quoi vivre.
J’ai fait tous les métiers. Pour moi, dealer était un travail comme un autre, ce n’était pas quelque chose de mal.

Est-ce la raison pour laquelle vous vous êtes passionné pour la trap, qui a été inspirée par les crackhouses et la vente de drogue ?
Bien sûr, si je n’avais pas vendu de drogue, je ne me serais pas lancé dans la musique trap. J’aurais peut- être fait de la pop, je ne sais pas (Rires). Je fais de la trap parce que je viens du ghetto, mais aujourd’hui beaucoup d’artistes se sont lancés dans ce style musical alors que tout le monde sait que ce qu’ils racontent est faux.

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À gauche : Veste et sous-pull, Louis Vuitton.

À droite : Chemise, pantalon et bracelet, Louis Vuitton. Sneakers et chaussettes, Nike.

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Veste et sous-pull, Louis Vuitton.

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Chemise, pantalon et bracelet, Louis Vuitton. Sneakers et chaussettes, Nike.

C’est alors que vous enchaîniez les petits boulots tout en vendant de l’herbe de temps à autre que vous avez réalisé que vous ne vouliez pas de ce type de vie, et que vous vous êtes lancé dans le rap ?
Oui, après avoir vécu à Londres je suis allé à Barcelone, et j’ai rencontré quelques personnes impliquées dans la scène musicale locale. Tout le monde me disait : « Quand est-ce que tu viens t’installer ici ? ». Je suis parti y vivre, et au bout d’un an je gagnais ma vie avec les soirées que j’organisais et ma musique.

Vous avez alors lancé le PXXR GNVG avec votre ami d’enfance Khaled, le rappeur D. Gómez alias Kaydy Cain, et le producteur Steve Lean.
Oui, on aimait les mêmes choses. Quand j’ai commencé à m’intéresser à la trap, il y a six ans, personne n’en faisait en Espagne, et les gens ne savaient pas de quoi il s’agissait. Je me rappelle avoir lu un commentaire en espagnol sur un morceau de trap américain, et je me demandais qui était le mec qui l’avait rédigé. Du coup je lui ai écrit, et c’était Steve Lean, c’est comme ça que je l’ai rencontré.

Tous les membres de PXXR GNVG viennent de la rue, et vous avez sorti un album avec Sony en 2015 intitulé Los Pobres ( « Les Pauvres » ). Comment s’est passée cette collaboration avec une major ?
Quand on s’est lancés dans la musique, ils ont voulu nous donner de l’argent pour faire un album, et ils nous ont offert beaucoup de promotion. On a ensuite préféré lancer notre propre label, la Vendicion Records ; maintenant on se débrouille nous-même pour faire de l’argent.

L’album a été produit par Southside, le leader du collectif de producteurs 808 Mafia, qui a composé des beats pour Drake, Future ou encore 21 Savage. Comment êtes-vous parvenu à rentrer en contact avec lui ?
Avant que la trap ne soit mainstream aux États-Unis, il y a sept ans, on parlait déjà avec lui sur d’Internet. Notre producteur Steve Lean passait son temps à discuter avec des beatmakers américains, et on travaillait déjà avec son crew avant l’album. On a décidé de faire l’album ensemble, on a dit à Southside : « Viens en Espagne, on a un peu d’argent pour faire l’album ». Il est resté un mois avec nous, et on a composé le disque très rapidement. On l’a fait comme si c’était une mixtape. On s’inspirait de la musique américaine, pas de ce qui se passait en Espagne. Les Américains qui faisaient de la trap nous aimaient parce qu’on était les premiers à en faire en Espagne. Mais maintenant on ne pourrait plus faire un album avec Southside, il est devenu trop célèbre.

Dans l’intro de votre album A.D.R.O.M.I.C.F.M.S. 2, vous rappez : « He creado una escena porque no tenía pa’ cena » ( « J’ai créé une scène parce que je n’avais pas de quoi m’acheter à dîner »). Vous avez le sentiment que beaucoup de rappeurs espagnols suivent la voie trap que vous avez ouverte avec votre collectif ? 
Oui, ils utilisent les mots qu’on emploie, j’en suis super fier. On les supporte avec notre label la Vendicion, qu’on a créé pour offrir une plateforme aux jeunes artistes afin de les aider à sortir leur musique et à faire de l’argent, sans qu’ils n’aient besoin de signer un contrat avec nous ou quoi que ce soit. Il y a dix ans, ou même cinq ans, il n’y avait rien en Espagne. Il n’y avait pas vraiment d’industrie du rap avant nous. Il y avait quelques artistes espagnols mais c’était le produit de majors investissant de l’argent pour tenter de lancer un mouvement, c’était sans intérêt. Je n’ai pas l’impression que l’ancienne génération de rappeurs venait de la rue.

La scène rap espagnole est en pleine effervescence grâce à Los Santos et à des artistes comme Bad Gyal, Dellafuente, Ms Nina, ou encore Soto Asa. Pourquoi cette ébullition musicale se produit-t-elle maintenant ?
Peut-être est-ce l’un des effets de la crise économique, c’était très difficile, moi c’est ce qui m’a donné envie de rapper. Devoir lutter dur permet ensuite de créer de la bonne musique.

Est-ce qu’un artiste trap qui vient de la rue, puis devient millionnaire, peut toujours être légitime dans le rap selon vous ?
Je n’ai pas fait beaucoup d’argent, mais j’en gagne plus maintenant que je n’en faisais en dealant, alors pourquoi je continuerai ? Mais je ne vais pas perdre mon authenticité, je sais ce que c’est, je traîne toujours avec les mêmes personnes, et si jamais ma musique ne marche plus, je revendrai de la drogue à nouveau.

Vous avez un tatouage sous l’œil gauche qui représente un cœur, et ressemble aussi à la glace que le « roi de la trap » Gucci Mane s’est tatoué sur la joue. C’est une coïncidence ?
Je m’étais tatoué une glace avant Gucci, c’était mon premier tatouage, ici (il désigne sa cuisse, puis se lève de sa chaise et baisse son pantalon pour révéler son tatouage représentant un cône renversé, ndlr). Je l’ai fait moi-même, comme plusieurs autres sur mes jambes, parfois même en étant bourré. J’ai commencé à quinze ans, et j’avais encore une machine jusqu’à il y a deux ans. Tout le monde se faisait des tatouages chez moi. Ceux que j’ai sur le visage ont été faits par mes amis.

« Si je n’avais pas vendu de drogue, je ne me serais pas lancé dans la trap. » 

Votre crew Los Santos est largement associé à la place publique située face au musée d’art contemporain Macba à Barcelone, où vous traîniez tout le temps. Pourquoi avez-vous ensuite décidé de déménager à Madrid ?
Parce que Barcelone est en train de s’affadir, il y a beaucoup de touristes qui ne viennent que pour quelques jours, et il y a beaucoup de soirées organisées pour eux. Il n’y a plus d’underground, alors que c’est ce qui m’anime. Tous les jeudis à Madrid on organise des soirées sans annoncer de line-up. Il se passe beaucoup de choses dans cette ville, et c’est bien plus simple d’y trouver un club pour organiser un événement qu’à Barcelone, où les gérants veulent tout contrôler et ne sont intéressés que par l’aspect commercial. J’aurais pu avoir du travail à Barcelone si je le voulais, mais ça ne m’intéressait pas.

Vous avez écrit des centaines de morceaux en seulement quelques années. Comment faites-vous pour être aussi prolifique ?
J’aime vraiment ça, je n’ai rien de plus important à faire, c’est ma vie. La meilleure chose que j’ai à faire c’est d’être au studio pour composer des morceaux, écouter des prods, fumer de la weed…

Prenez-vous souvent de la drogue pour trouver l’inspiration ?
J’ai besoin de weed pour faire quoi que ce soit, j’en fume toute la journée. Si je vais au studio, il m’en faut, bien sûr. Il peut m’arriver de prendre d’autres drogues, mais je consomme surtout de l’herbe.

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À gauche : Veste, sous-pull et pantalon, Louis Vuitton. Sneakers, Nike.

À droite : Veste, chemise et lunettes, Louis Vuitton.

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Veste, chemise et lunettes, Louis Vuitton.

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Veste, sous-pull et pantalon, Louis Vuitton. Sneakers, Nike.

J’ai lu que vous pouviez composer un morceau en 20 minutes, c’est vrai ?
Oui, car j’improvise sans rédiger de texte. Parfois je note une idée sur mon téléphone, puis une fois au studio je commence à créer des mélodies. La trap fonctionne comme ça, c’est une question de feeling.

Est-ce un renouveau du punk, sous une nouvelle forme, selon vous ?
Oui, il faut être punk pour faire de la trap. Mes concerts sont punk, je ne sais même pas chanter juste. Le nouveau show que je fais est comme ça, il y a des barreaux formant une sorte de cage, et il y a tout le temps des pogos, je vais beaucoup dans la foule…

Durant vos shows, vous jouez souvent des morceaux préenregistrés sans nécessairement chanter en playback par-dessus, ce qui vous permet de lâcher le micro et d’aller danser avec la foule. Comment réagit le public ?

Au début, une partie du public se plaignait, parce qu’avec les autres membres de PXXR GNVG on sortait aussi des titres reggaeton sous le nom Mafia Del Amor, et beaucoup de gens venaient juste pour danser sur ce type de morceaux. Quand j’ai commencé à faire des shows par moi-même, beaucoup de gens étaient dans cette vibe et je me mettais à rapper de manière punk, et de nombreuses personnes me critiquaient. Avec PXXR GNVG, on était les premiers à donner des concerts trap en Espagne, on a fait ça pendant quatre ans, et maintenant de nouveaux artistes en donnent à leur tour. Mais je veux tout le temps faire de nouvelles choses, donc je suis passé à des shows plus punk.

Quel est votre meilleur souvenir de concert ?
Je me suis beaucoup amusé à la soirée organisée par Pigalle à la Machine du Moulin Rouge, c’était incroyable pour nous de rapper à Paris. Et à chaque fois qu’on va au Mexique, en Amérique du Sud, ou à Santiago au Chili, c’est complètement dingue. Une fois, durant un de nos shows là-bas, il y avait un millier de personnes dans la salle et 300 types sans place, dehors. Malgré le service de sécurité, ils ont réussi à se frayer un chemin jusqu’à la salle, ils grimpaient partout, certains tombaient par terre… C’était apocalyptique, je ne pouvais pas y croire. Un fan a même fini à l’hôpital où il est resté six mois. Je suis allé le retrouver après le show.

Voyez-vous la planète différemment depuis que vous êtes parti en tournée à travers le monde ?
Bien sûr, quand j’étais jeune pour moi le monde se limitait à mon quartier, je n’avais rien vu d’autre, mais quand je suis arrivé en France je me suis dit que mon quartier n’avait rien d’extraordinaire. Puis voyager à travers la planète m’a permis d’élargir ma vision.

L’écologie est-elle une cause importante pour vous ?
C’est important pour nous tous. J’ai vraiment une vision punk, j’ai l’impression qu’on va tous mourir. Selon moi on est déjà en train de mourir. Je ne veux pas stresser en y pensant.

En parallèle du rap, vous menez deux projets reggeaton (un style d’ailleurs très populaire en Espagne) : La Mafia Del Amor, et Fernandito KitKat en solo. Pourquoi ne pas vous concentrer sur le rap ?
Le premier morceau que j’ai fait, c’était du reggeaton. Pour moi, le rap et le reggeaton c’est pareil. J’ai bien conscience des différences entre les deux, mais que je fasse l’un ou l’autre, je suis dans la même vibe, c’est juste un rythme différent. À Puerto Rico et au Mexique, il y des scène reggaeton assez dark, qui n’ont rien de commercial. À Mexico, le collectif NAAFI organise même des soirées reggaeton gothiques, qui attirent les gens de la mode, où tout le monde s’habille en noir. J’aimerais vraiment vivre là-bas, la scène musicale de cette ville est dingue, et les gens n’ont pas beaucoup d’argent mais le marché de la contrefaçon y est assez important, et les jeunes ont un vrai sens du style.

Avez-vous le sentiment que votre penchant pour le reggaeton influence votre manière de faire du rap ?
Bien sûr, certains de mes titres trap font référence à des classiques du reggeaton, et à l’inverse, on a sorti un morceau reggaeton avec la mélodie d’un célèbre morceau de Chief Keef.

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Costume et chemise, Louis Vuitton. Sneakers et chaussettes, Nike.

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Costume et chemise, Louis Vuitton. Sneakers et chaussettes, Nike.

Pensez-vous que les rappeurs dont les textes sont en espagnol vont parvenir à percer sur la scène internationale ?
C’est une bonne période, même de grands labels comme Roc-A-Fella (fondé par Jay-Z, ndlr) sont à la recherche d’artistes trap latinos. Toutes les majors ont une section latino, parce que c’est un très gros marché. Les latinos adorent la musique, ils en écoutent tout le temps, ils aiment danser, donc les grands labels ont tout intérêt à investir sur ce créneau.

Votre label indépendant, La Vendicion, est lui très lié à la mode.
Oui, on suit le rythme des saisons – comme dans la mode – pour sortir plusieurs projets musicaux à la fois et organiser des soirées. C’est comme la Fashion Week, mais en version musicale.

NAAFI, que vous évoquiez tout à l’heure, ou encore le collectif GHE20G0TH1K fondé par Venus X à New York, dont Shayne Oliver était l’un des DJ résidents, sont deux crews réputés dans l’underground mêlant mode et musique. Ils vous ont inspiré ?
Oui, c’est ce que j’aime. J’adore la musique que sort NAAFI, leur attitude, leur mentalité… Et le mouvement qu’a lancé Brodinski en France est lui aussi assez similaire au nôtre : il était avant-gardiste, il s’intéressait à la trap avant que ça ne devienne mainstream et connaissait les producteurs d’Atlanta alors qu’ils étaient encore peu renommés. On était aussi en contact avec, et je l’ai rencontré par ce biais là, puis il a produit un morceau de mon nouvel album.

D’où vient votre intérêt pour la mode ?
Plus jeune, je ne m’y interessais pas, j’aimais déjà les vêtements et le style, mais je n’ai jamais pensé que je travaillerai dans ce milieu. Puis l’un de mes amis, le designer espagnol Roberto Piqueras, m’a proposé de faire un shooting. Après ça, un autre mec de Madrid a voulu faire des photos avec moi. Et petit à petit, ça a pris de l’ampleur. Ce n’est pas mon activité principale, je fais surtout de la musique, mais quand on me propose des projets en lien avec la mode je les accepte. Pourquoi pas ?

Vous avez ensuite défilé pour Hood by Air et Pigalle en 2016.
Oui, c’était dingue. Je n’avais jamais pensé devenir mannequin, regarde moi (Rires). Mais la mode change, il y a davantage de personnes comme moi qui peuvent accéder à ce milieu, les critères de beauté ont évolué.

« Je me suis cassé la cheville dès la première marche lors d’un défilé,  sur le moment je me suis dit : “Merde, qu’est-ce que je vais pouvoir faire ?” »

Ce que ces marques ont aimé chez vous, c’est aussi l’authenticité que vous dégagez.
Je préfère que ce soit pour cette raison, et non parce qu’on m’aurait trouvé mignon. Pour moi la beauté vient surtout de la personnalité, et de l’énergie d’une personne.

Pour Hood by Air, vous avez porté des talons pour la première fois de votre vie, et vous vous êtes cassé la cheville durant le défilé. Comment est-ce arrivé ? 
Je me la suis cassée dès la première marche, sur le moment je me suis dit : « Merde, qu’est-ce que je vais pouvoir faire ? ». Au final ça s’est bien passé, j’ai pu continuer à marcher.

Vous portiez un haut qui se prolongeait en robe courte. Portez-vous parfois des vêtements féminins dans votre vie de tous les jours ?
Oui, parfois je préfère les vêtements pour femme, je ne porte pas de robes mais parfois des sortes de crop tops. Récemment, je suis allé faire un shooting pour mon album, et j’ai acheté des vêtements pour femme avant de m’y rendre. Si j’aime la pièce, je l’achète.

Young Thug a un jour annoncé qu’il porterait une robe le jour de son mariage, vous inspire-t-il ?
Je l’adore. Il fait ça pour bousculer les gens fermés d’esprit. Il vient d’un ghetto mais il est extrêmement ouvert : l’un n’empêche pas l’autre bien sûr, mais il y a beaucoup de gens très fermés d’esprit dans les ghettos, et ça peut être dangereux parfois.

Dans le clip de « The Fall », vous portez d’ailleurs du Palomo Spain : un jeune label espagnol connu pour son style genderfluid.
Oui, Alejandro (Gómez, ndlr) est un ami, j’aime beaucoup son travail, il a lancé un nouveau mouvement en Espagne lui aussi.

Avez-vous le sentiment que la scène culturelle espagnole vit un renouveau, avec ses scènes musicales émergentes et de jeunes labels de mode comme Palomo Spain ?
L’Espagne a déjà connu un grand mouvement culturel avant-gardiste, la Movida. Beaucoup de gens sont morts durant cette période de transition politique, les drogues dures étaient répandues, mais d’un point de vue culturel, c’était une période fructueuse. La vie culturelle s’est ensuite éteinte, mais on vit actuellement une nouvelle Movida selon moi.

Votre expérience dans la mode a inspiré votre projet Fashion Mixtape, et vous avez organisé un défilé lors de sa sortie. Comment s’est-il déroulé ?
C’était vraiment cool, on a mis en place un podium sur une place publique, avec des kids de la rue, et j’ai demandé à quelques marques si elles pouvaient nous prêter des vêtements.

Portez-vous maintenant des vêtements de luxe ?
Oui ça m’arrive, j’ai toujours aimé dépenser de l’argent dans les vêtements. C’est drôle pour moi de porter de belles pièces alors que je viens de la rue. J’aime beaucoup la collection Louis Vuitton avec laquelle je viens de faire le shooting, pour ses couleurs, ses matières, les survêtements sont incroyables. J’aime la high fashion.

Que pensez-vous de la fourrure ?
Je pense qu’on n’a pas besoin de tuer des animaux, je ne suis pas un activiste, si une personne en porte c’est son choix, mais personnellement je préfère ne pas en acheter. D’autant qu’on peut maintenant reproduire des textures animales grâce aux progrès de la technologie.

Quels sont vos nouveaux projets ?
Je vais sortir une mixtape avec des artistes américains. Et j’écris aussi un livre, un éditeur m’a demandé d’écrire mon autobiographie.

Déjà ?
Oui, et j’ai accepté (Rires). J’ai commencé à l’écrire, je suis rentré deux semaines à Grenade pour être au calme et avancer. J’écris tout moi-même, puis la mère de ma petite copine, qui a travaillé dans une maison d’édition, va m’aider à structurer le texte.

Où vous voyez-vous dans dix ans ?
Mort (Rires). Non je n’en sais rien, je n’espère pas.

Cet article est extrait de Antidote : Earth été 2018 photographié par Patrick Weldé.

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