Moha La Squale Antidote

Du fantasme à la réalité : l’ascension fulgurante de Moha La Squale

Photos : Moha La Squale par Patrick Weldé pour Antidote : Earth été 2018.
Texte : Naomi Clément. Stylisme : Yann Weber.
Survêtement, Boyhood. Bob, Burberry x Gosha Rubchinskiy.

Moins d’un an après s’être lancé dans le rap, le jeune Parisien enchaîne les millions de vues sur Youtube et s’apprête à sortir son tout premier album : Bendero. Une ascension éclair, qu’il retrace aujourd’hui pour Antidote.

Moha La Squale nous attend sur le terrasse des Polissons, une brasserie située à deux pas de la Banane, le quartier du 20ème arrondissement de Paris dans lequel il a grandi. Le sourire jusqu’aux oreilles, il nous accueille en sortant de son jogging siglé Lacoste le tout premier exemplaire de Bendero – l’un des disques les plus attendus du moment, qui sortira le 25 mai prochain. C’est le patron d’Elektra France, label du géant Warner Music sur lequel il est signé depuis novembre dernier, qui vient de le lui remettre. « Ça tue ! », nous répète-t-il, des étoiles dans les yeux.

À 23 ans, Mohammed (de son prénom) fait figure d’ovni dans le paysage du rap français. Son ascension, fulgurante, fascine. En l’espace de six mois, ce natif du 94, élève du Cours Florent passé par la case prison, a conquis des milliers d’internautes grâce à des freestyles filmés et partagés chaque dimanche sur les réseaux sociaux. Disséminées entre juillet et décembre 2017, ces vidéos lui ont permis d’asseoir un rap brut et spontané, et de s’imposer de façon incontestable comme l’un des nouveaux phénomènes du rap francophone. Rencontre.

« La Squale n’est pas né l’année dernière, mais il y a trois ans, avec le Cours Florent. »

ANTIDOTE. Les gens te connaissent aujourd’hui en tant que rappeur, mais ta carrière en tant qu’artiste a débuté il y a quelques années déjà, avec le théâtre…
MOHA LA SQUALE
. Oui, exactement ! Le théâtre, c’était un rêve de gosse pour moi. Quand j’étais petit, je voulais devenir une star, monter sur scène, et je n’ai jamais abandonné ce rêve. Et puis j’étais passionné par l’histoire aussi, et le cinéma, pour moi, c’est aussi un moyen de raconter l’histoire. Donc jouer, être sur scène, c’est un besoin que j’avais en moi depuis longtemps. Et puis un jour, j’ai eu la chance d’aller en Belgique pour faire un court métrage qui s’appelle La Graine (sorti en 2014, ndlr), du réalisateur Barney Frydman. Il m’a repéré car j’étais souvent dans les clips d’un ami à moi qui fait du rap, Jo le phéno.

Mais en rentrant à Paris après le tournage, c’était un peu le retour à la galère pour moi. Du coup, je me suis renseigné sur le Cours Florent, dont on m’avait beaucoup parlé. Je me suis dit : « Qui ne tente rien n’a rien », j’ai payé le stage 400 euros (alors qu’à la fin tu n’es pas sûr d’être pris !), et j’ai finalement eu la chance d’intégrer l’école. C’était 400 euros tous les mois, mais je me suis battu pour payer ça parce que je kiffais vraiment le fait d’être là-bas, d’être sur scène, de jouer quelqu’un d’autre. Puisque je n’arrivais pas à me changer dans ma vie de tous les jours, le fait de jouer quelqu’un d’autre sur scène, c’était hyper important pour moi. C’est ce qui a fait La Squale. En fait, La Squale n’est pas né l’année dernière, mais il y a trois ans, avec le Cours Florent, avec La Graine.

D’ailleurs, ton nom de scène est une référence au film La Squale sorti en 2000, n’est-ce pas ?
Ouais (rires) ! C’est un film qui nous a grave marqué avec mon frère et mes amis, on le regardait vraiment tout le temps. Il y en a eu d’autres, un peu dans le même registre : La Haine, Ma cité va craquer… Et si on part du côté des States, je citerais Heat, Les Affranchis, Scarface… et puis des gens comme Al Pac’, Robert (de Niro, ndlr)…

Et en musique, t’écoutais quoi plus jeune ?
Beaucoup de Booba, de Rohff, du La Fouine… du rap français quoi ! Aujourd’hui, ça a un peu changé. En fait, je pense que tu ne peux plus trop te positionner sur un seul genre de musique aujourd’hui. Si t’attrapes quelqu’un dans la rue et que tu lui demandes ce qu’il écoute, il ne te répondra jamais : « J’écoute que du rock. » Non, il va forcément écouter un peu de rap, peut-être même sans le savoir, ou de la pop. Tout se mélange de nos jours !

« Le rap m’a permis de me retrouver, de revenir à moi-même. »

Tu as écrit ton premier texte il y a à peine un an, et aujourd’hui, tu es l’un des rappeurs français les plus encensés du moment. Comment est-ce que tu vis cette ascension, ce passage d’un extrême à un autre ?
Clairement, tout a changé dans ma vie. Il y a de bons côtés à ça, énormément même, puisque je peux vivre de ma musique, et il n’y a rien de plus beau que de vivre de sa passion. Mais il y a aussi quelques inconvénients… Par exemple : je ne peux plus sortir dans la rue, c’est fini (rires) ! Aller prendre un café, sortir en boîte avec mes potes… c’est des choses que je ne peux plus faire aujourd’hui, car je suis reconnu tout le temps ! Enfin, à Paris en tout cas, puisque tout part d’ici, de ce quartier.

Tu as l’air très attaché à ton quartier d’ailleurs, La Banane…
Ouais, c’est un peu mon petit cocon ! C’est l’endroit où je suis un peu plus tranquille, parce que les gens me connaissent depuis toujours ici. Mais une fois que je sors du quartier, c’est photo sur photo ! C’est bien, ça me donne de la force. Au début, tu acceptes ça à fond d’ailleurs, t’es trop content, t’es dans l’euphorie, t’es là : « Ah une photo, mais bien sûr ! ». Mais à d’autres moments, quand tu viens de raccrocher avec ta meuf ou avec le boss, et que quelqu’un vient te demander une photo… Bon, je la fais, parce que je respecte la personne en face de moi et parce que je suis pro, il faut que ça reste carré ; mais c’est vrai que ça peut être difficile par moments…

J’aimerais revenir aux origines de cette carrière de rappeur. Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer dans la musique ?
À l’époque où je me suis lancé dans le rap, à l’été 2017, ça faisait deux ans que j’étais au Cours Florent, et je sentais qu’il me manquait un truc. Jouer la comédie, ce n’était plus moi à 100%. En fait, avant de commencer le théâtre, comme je te le disais tout à l’heure, je voulais vraiment être quelqu’un d’autre, je ne voulais plus être le petit Mohamed de la Banane. Et donc, le théâtre m’a permis de devenir quelqu’un d’autre, de jouer d’autres personnages, tu vois ? Mais au bout d’un moment, après deux ans passés au Cours Florent, ça me manquait d’être moi en fait… Et le rap m’a permis de me retrouver, de revenir à moi-même. Aujourd’hui, j’ai trouvé un vrai équilibre entre la musique et le théâtre. Les deux m’aident à vivre.

C’est pour cette raison que tes textes se basent principalement sur ta vie personnelle ?
Oui, exactement. Vu que ce que j’ai à dire concerne ma vie… bah du coup j’étale ma vie en fait (rires).

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À gauche : Sweatshirt et pantalon, Antidote Studio en collaboration avec Applecore. Sneakers, Dior Homme. Casquette, Boyhood.

À droite : Costume, Gucci. T-shirt, personnel.

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Costume, Gucci. T-shirt, personnel.

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Sweatshirt et pantalon, Antidote Studio en collaboration avec Applecore. Sneakers, Dior Homme. Casquette, Boyhood.

Sur l’un de tes freestyles, tu dis : « J’ai fait Fleury, j’ai fait Florent », comme si tu plaçais sur le même plan ton passage par la case prison et tes études au Cours Florent. Est-ce que tu dirais que ce sont deux expériences qui t’ont forgé ?
Les deux m’ont forgé oui, c’est clair. Et dire ça dans ce freestyle, c’est aussi une façon pour moi de cracher cette hargne que j’ai ressentie tout au long de ce parcours qui m’a mené de la prison au théâtre. Parce que de Fleury, je ne m’étais jamais dit que je ferai Florent un jour !

Du coup tu aimerais poursuivre le cinéma ?
Franchement, je me vois vieillir dans le cinéma, et vieillir en ayant la classe. Ce que les gens ne savent pas trop, c’est que je suis vraiment partagé entre la musique et le théâtre aujourd’hui. Je suis toujours dans cette optique de vivre des deux, parce qu’ils me permettent d’avoir un vrai équilibre.

Tu as récemment collaboré avec Nike, et je sais que Lacoste occupe une place particulière pour toi. Qu’est-ce que ces marques représentent à tes yeux ?
La mode, les fringues, c’est un truc que j’ai toujours kiffé, mais qui n’a pas toujours été accessible. Quand j’étais petit, Lacoste c’était un truc de ouf dans mon quartier ! Si t’arrives dans la cité avec un ensemble croco et ta paire de Requins, t’es quelqu’un frère (rires) ! Et du coup, comme je n’avais pas d’argent, j’étais frustré de ne pas en avoir, ça m’est même arrivé d’en voler. Mais maintenant que tout ça est devenu accessible, puisque ma musique marche… c’est comme si j’avais réalisé un rêve de gosse en fait ! Il y a un son qui s’appelle « René Croco » d’ailleurs sur mon album, en hommage à René Lacoste.

« Bendero c’est un album qui parle de la vie, de ma vie, et de toutes les injustices que j’ai vécues »

Justement, tu t’apprêtes à sortir ton premier album Bendero ce vendredi 25 mai, que tu as conçu en seulement trois mois… Est-ce que tu appréhendes ?
Oui, j’ai peur de décevoir, comme tous les artistes je pense. De décevoir les gens qui m’ont soutenu surtout. Si je suis là aujourd’hui, c’est grâce au travail c’est sûr, mais aussi à tous les gens qui m’écoutent. Sans eux, je ne serais personne !

Il y a 24 titres sur ce disque, c’est beaucoup pour un album. Comment expliques-tu cette hyper productivité ?
Je ne sais pas… J’ai besoin de parler je crois. Que les gens m’entendent.

Tu as l’impression qu’on ne t’a pas assez écouté par le passé ?
Ouais, je crois, ouais. Du coup, j’ai trop de trucs à dire là.

Qu’est-ce que tu racontes du coup, sur Bendero ?
C’est un album qui parle de la vie, de ma vie, et de toutes les injustices que j’ai vécues. Mais j’y aborde ma vie d’une manière particulière. Cet album est fait de trois chapitres, et chaque chapitre est raconté par un personnage différent : Bendero, Luna et Pankani. Bendero, c’est mon alter ego gentleman ; Luna, c’est la copine de Bendero, sa reine même ; et Pankani, c’est mon alter ego un peu plus sombre, un peu vagabond. Et Pankani, bah, il finit par se faire Luna… et Bendero, une fois que Luna a couché avec Penkani, bah… il a le cœur brisé ! En gros, c’est ça (rires).

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À gauche : Survêtement, Boyhood. Baskets, Nike. Bob, Burberry x Gosha Rubchinskiy.

À droite : Veste à capuche, Marni. Pantalon, Boyhood. Baskets, Nike.

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Survêtement, Boyhood. Baskets, Nike. Bob, Burberry x Gosha Rubchinskiy.

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Veste à capuche, Marni. Pantalon, Boyhood. Baskets, Nike.

C’est un peu comme une pièce de théâtre finalement, cet album ?
Exactement, en trois actes ! Et le fait d’avoir les points de vue de trois personnages différents, ça me permet aussi de parler à un maximum de personnes. Parce que ce genre d’histoires, de tromperies et de cœurs brisés, ce sont des choses qui arrivent à tout le monde. Tout le monde a déjà vécu ça ! Je sais que chacun pourra se retrouver dans cet album.

Tu vas faire ton premier Olympia en octobre prochain. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?
C’est… pfff… Franchement ? J’ai pas de mot… c’est un aboutissement en fait. C’est fou. J’y suis ! Enfin j’y suis pas encore (rires). Mais quand j’y serai, quand je serai sur scène… ce sera fou. Je suis vraiment pressé. J’ai hâte de vivre le truc. Et j’espère que les gens seront au rendez-vous.

Photos extraites de Antidote : Earth été 2018, photographié par Patrick Weldé.

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