Rombaut Vegan Sneakers Antidote Mats Interview

Qui est Rombaut, la marque de sneakers vegan ?

Photo : Rombaut printemps-été 2017
Texte : Edouard Risselet

Lancée par le designer belge Mats Rombaut en 2011, la marque éponyme de chaussures vegan conjugue matériaux d’origine végétale et designs avant-gardistes. Et réconcilie mode avec éthique.

Il ne valait mieux pas boire la tasse à la présentation printemps-été 2017 de Rombaut. Un jour avant que Shayne Oliver et le clan Hood by Air n’investissent à leur tour le lieu, le designer belge Mats Rombaut réquisitionnait le célèbre sauna Sun City pour y présenter sa nouvelle collection. De la sueur, du muscle et une piscine à l’eau trouble ; jusqu’ici, rien d’inhabituel pour ce club gay du centre de Paris. Hormis peut-être les baskets que portent les nouveaux adhérents du lieu. Elles sont massives, techniques et surtout vegan.

Depuis quatre ans et après être passé chez Lanvin et Damir Doma, Mats Rombaut est à la tête de son label de footwear unisexe et engagé en faveur de la cause animale. S’il bannit tout cuir de sa production et contrôle de près les conditions de réalisation de ses modèles, c’est pour être en adéquation avec son mode de vie vegan – depuis l’âge de 21 ans – et privilégier des matériaux naturels à l’instar des fibres d’ananas, d’écorce d’arbre ou de noix de coco. Une initiative responsable et consciente en parfaite symbiose avec l’allure minimale et brutaliste de ses modèles. Pour Antidote, le créateur dévoile son secret pour la réussite d’un jeune label, milite pour un veganisme joyeux et explique pourquoi les talons sont tout aussi unisexes qu’une paire de baskets.

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Photo : Rombaut printemps-été 2017

De stagiaire dans un bureau presse à directeur artistique de votre propre marque, racontez-nous votre parcours.
À l’âge de 21 ans, j’ai quitté Barcelone où je faisais mes études pour m’installer à Paris car je voulais travailler dans un environnement mode plus professionnel et je ne me voyais pas d’avenir à Barcelone. J’ai commencé dans les relations publiques après avoir regardé Absolutely Fabulous quand j’avais 17 ans. J’ai trouvé ce monde fantastique et j’ai pensé que c’était cela la mode, je voulais cette vie. Quand j’ai débuté, j’ai compris que tout était en réalité bien différent. J’ai dû apprendre le français car je ne le parlais pas à l’époque. C’était une bonne école pour comprendre qui est qui, comment fonctionnent les magazines, et aussi pour savoir ce que je n’avais pas envie de faire de ma vie. J’ai eu l’opportunité de faire un stage chez Lanvin, j’y suis resté pendant six mois et j’ai beaucoup appris quant à la fabrication de chaussures, sacs et bijoux. Puis j’ai trouvé un job chez Damir Doma. En trois ans, j’y ai développé une bonne relation avec l’usine. J’avais le sentiment d’avoir suffisamment d’expérience pour lancer ma propre marque mais surtout j’étais mal à l’aise avec le fait de travailler le cuir et la fourrure car je suis végétarien depuis l’âge de 21 ans.

Pourquoi ne lancer qu’une marque de chaussures et non pas un label de prêt-à-porter ?
J’ai toujours été davantage intéressé par les chaussures, car elles sont pour moi un challenge. Il n’est vraiment pas évident d’imaginer un beau soulier, tout est question de détail et de travail en 3D. Et depuis petit, j’adore les chaussures et j’ai toujours eu les chaussures les plus improbables. Je voulais faire quelque chose de vegan et durable. Il est relativement simple de faire des vêtements vegan mais à l’époque, il n’y avait pas tellement de marque qui faisait des accessoires et des chaussures vegan. Et j’ai senti que je pouvais vraiment apporter quelque chose et avoir un impact. C’est vraiment quelque chose dont le monde a besoin.

Depuis votre première collection, vous êtes passé de derbies et boots à uniquement des sneakers, comment l’expliquez-vous ?
J’ai écouté les conseils des acheteurs et aussi constaté ce qui se passait réellement en boutique. J’arrivais aussi de chez Lanvin et plus de 90% des souliers qu’ils vendaient étaient des sneakers. C’était donc majoritairement pour des raisons économiques. Aujourd’hui, la tendance se renverse un peu, les gens recommencent à porter des derbies et des boots. Dans la prochaine collection, il y aura même 50% de sneakers et 50% de derbies.

Qui vous influence dans vos choix créatifs ?
Je ne peux pas tellement me concentrer sur une inspiration sachant que je ne produis que 8 à 10 modèles de chaussures par saison et que raconter une histoire avec des chaussures est plus compliqué qu’avec une collection de vêtements. Souvent, tout commence par la musique. J’écoute un son et je me dis que j’ai envie d’aller dans tel club et porter telle paire de chaussures. Le véganisme aussi, je regarde des photos de fruits et légumes sur Instagram et j’essaie d’intégrer cela à mes créations. Elles n’ont pas l’air forcément très éco et peu de gens savent au final qu’elles sont vegan. La dernière collection a été inspirée par les mouvements de protestation des années 1960, pendant lesquelles les gens cherchaient des moyens de vie alternatifs. Ils étaient aussi très soucieux de l’environnement et des animaux, bien que l’on ait tendance à penser que ce sont des considérations récentes.

Quelle a été la bande-son de votre collection printemps-été 2017 ?
J’écoutais beaucoup de dark techno et d’électro des années 1980, Legowelt entre autres. J’avais aussi cette vibe sauna, sex club qui m’a conduit à présenter ma collection au Sun City, un sauna gay dans le centre de Paris. Cette saison, je suis davantage influencé par le happy hardcore. Je pense qu’il faut apporter un peu de joie dans tout cela, car tout ce qui se rapporte à l’écologie ou au véganisme est souvent très négatif. Dans la mode, les gens ne veulent pas toujours être confrontés à ces problèmes et préfèrent souvent s’en échapper. Je veux rendre les gens heureux et il est de mon unique ressort de faire une marque responsable.

« Dans la mode, les gens ne veulent pas toujours être confrontés à ces problèmes et préfèrent souvent s’en échapper. Je veux rendre les gens heureux et il est de mon unique ressort de faire une marque responsable. »

Était-ce simple de lancer une marque vegan ?
Au départ, il y a quatre ans, j’ai du développer beaucoup de matières seul. J’ai utilisé des matériaux qui n’avaient pas vraiment été testés et j’ai fait de nombreuses expériences avec par exemple de la gomme naturelle, de l’écorce d’arbre… Mais tout avait toujours l’air un peu artisanal, fait-main, alors que ce n’est pas la direction que je souhaitais prendre, je voulais qu’elles aient l’air plus moderne, plus avant-gardistes. Le marché a commencé à changer, avec l’arrivée de nouvelles matières, notamment davantage de matières naturelles mais aussi plus de cuirs synthétiques. Les premières saisons, je refusais d’utiliser des matières synthétiques car je voulais que les chaussures soient également biodégradables mais la résistance n’était pas excellente. Je ne développe plus les matières moi-même aujourd’hui car c’est trop cher et trop chronophage. J’utilise entre autres désormais un cuir d’ananas, qui a été développé aux Philippines et qui utilise les feuilles des plants d’ananas, un sous-produit de la production du fruit qui ne nécessite donc pas de planter spécifiquement des ananas pour obtenir le tissu.

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Photo : Rombaut printemps-été 2016

Pourquoi ne communiquez-vous pas tellement sur l’aspect conscious de votre marque ?
Je pourrais le faire sur Instagram, mais je pense qu’il faut le faire de façon réfléchie et qui ne soit pas trop cheesy, qui corresponde aussi à l’image de la marque et à l’allure des chaussures. La tête des gens est bourrée d’informations et je souhaite véhiculer un message clair, ils ne vont pas lire une page A4 avec les spécificités techniques. J’ai commencé à le faire avec Bruno Pieters, ex-directeur artistique d’Hugo Boss, et son site HonestBy.com qui décrypte chaque vêtement, sa provenance, sa fabrication, etc. mais c’est un processus vraiment fastidieux. Et à nouveau, le fait qu’elles n’aient pas l’air écologique, comme peuvent l’être des chaussures Veja par exemple, ne joue pas forcément en ma faveur.

Comment souhaitez-vous faire évoluer vos collections en termes de design ?
Je veux faire des chaussures plus facilement portables qui peuvent être portées par beaucoup de gens. Les gens veulent des chaussures simples, rien qui soit trop travaillé. Quand j’ai commencé il y a sept ans, les gens dépensaient plus pour leurs chaussures, ils allaient chez Kris Van Assche, Damir Doma et pouvaient acheter des chaussures pour 600€. Je pense que l’on y reviendra mais cela prendra du temps.

Tous vos modèles sont unisexes, pourquoi ?
Pour le moment, ils le sont. Je pense que même si je me retrouvais à faire des talons un jour, ils seraient aussi unisexes. Mes chaussures vont du 36 au 46, quel que soit le modèle. Je fais des chaussures unisexes depuis le début et je trouve toute cette tendance autour de fluidité des genres un peu étrange. Soudainement, ce sujet a commencé à faire la Une de tous les magazines, je comprends l’aspect politique du sujet mais, en ce qui me concerne, j’ai beaucoup d’amis trans, gay, et ça n’a jamais été un problème. Mais je vis certainement dans cette bulle mode où il est parfois difficile de réaliser ce qui se passe à l’extérieur. Je comprends pourquoi il faut en parler pour ouvrir les yeux à des gens plus réactionnaires ou moins sensibilisés au sujet. Dans mon cas, je n’ai pas d’idée préconçue de la féminité et je ne sais pas ce qu’est une « collection féminine » par exemple.

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Photo : Rombaut automne-hiver 2017

Vous avez étudié l’économie, cela vous a-t-il aidé au lancement de votre label ?
Je savais déjà ce qu’était une facture, et ce n’est pas le cas de tout créateur qui débute. En revanche, je pense que ce qui m’a plus apporté est mon expérience au sein d’autres labels, c’est là où j’ai tout appris. Mes études étaient théoriques, une marque est un système. Je déconseille absolument à tout élève qui sort d’une école de lancer sa marque immédiatement. Pour lancer un label, vous avez besoin d’un réseau – production, développement, relations publiques, créations -, et il se crée au sein d’une maison déjà établie.

Pourquoi avoir présenté au Sun City ? Pour espérer faire le buzz ?
En fait, je ne m’amusais plus tellement avec ma marque, tout était très sérieux, je travaillais tout le temps. Alors j’ai pensé à organiser une pool party, j’ai cherché une piscine extérieure à Paris mais je n’ai rien trouvé. Alors j’ai commencé à regarder du côté des salles de sport mais tout était guindé. J’étais déjà allé au Sun City à plusieurs reprise, et tout était comme déjà prêt, la piscine est belle, le lighting est là, il y a aussi une sorte de bar tropical. J’ai aussi pensé qu’il serait amusant, pour une fois, d’y amener des filles. La connotation sexuelle n’a jamais prévalu, tout tournait vraiment autour de la piscine. J’ai contacté le propriétaire, je pensais qu’ils ne seraient jamais d’accord et ils ont finalement aimé l’idée. Et maintenant, je suis sur la liste pour toujours.

La collection printemps-été 2017 de Rombaut est disponible sur le e-shop de la marque.

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