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Que faut-il retenir de la fashion week de Milan ?

Texte : Jessica Michault
Photo : Gucci printemps-été 2017

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Le front row millénaire de Dolce & Gabbana, les soeurs Hadid et les Teva Versace… Avant de voler en direction de Paris pour débuter la dernière étape du marathon de la mode printemps-été 2017, résumé de la Fashion Week de Milan en 10 points essentiels.

LES SŒURS HADID : BUSINESS MODELS

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Bottega Veneta printemps-été 2017

Cette semaine, Gigi et Bella Hadid étaient les vraies stars des podiums milanais. Certains créateurs se sont contentés d’une, mais le vrai tour de force consistait en leurs deux présences sur un même catwalk. Pour les premiers rangs, voir quelle Hadid allait ouvrir ou fermer le défilé et combien de looks chacune d’elles allait porter dans une même collection était presque devenu un jeu.

À la fin du compte, Gigi s’est imposée comme la sœur qui a véritablement dominé la Fashion Week de Milan. Elle s’est non seulement vue remettre des mains de l’iconique Lauren Hutton le flambeau de l’ « American Supermodel » à la fin du show Bottega Veneta, mais elle a aussi prouvé qu’elle savait se tenir hors du catwalk. Quand elle s’est fait accoster à la sortie du défilé Max Mara par un fan trop zélé qui a entrepris de la soulever, la beauté poids-plume a riposté avec un coup de coude dans le nez de son assaillant qui l’a immédiatement laissée tomber. Ne badinez pas avec les Hadid, ni sur ni hors le podium.

DERRIÈRE LES BARREAUX : LES RAYURES VOLENT LA VEDETTE À MILAN

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De gauche à droite : Fendi printemps-été 2017, Francesco Scognamiglio printemps-été 2017, Aquilano.Rimondi printemps-été 2017, Emilio Pucci printemps-été 2017, Missoni printemps-été 2017

S’il y a une tendance qu’il faut retenir de Milan, c’est bien l’omniprésence des rayures sur le podium. Le motif graphique s’est manifesté en gros (Dsquared2, Fendi, Etro), en taille medium (Francesco Scognamiglio, Ports 1961, Aquilano Rimondi) et de façon implicite.

En d’autres termes, certains créateurs ont utilisé des plissés et des mailles techniques pour donner l’impression de rayures sur leurs silhouettes. Marni, Jil Sander et Arthur Arbesser ont tous procédé à l’utilisation de tissus plissés qui s’épanouissaient autour du corps. Chez Emilio Pucci, Massimo Giorgetti repliait sur lui-même des parties de son tissu fluide pour suggérer une subtile rayure asymétrique.

Puis vint le tour de Missoni, l’expert de la maille. La griffe familiale est revenue à ses emblématiques mailles côtelées pour dessiner des rayures verticales. L’incorporation de ces pièces faisait contrepied aux rayures horizontales de la créatrice Angela Missoni dont la myriade de teintes compartimentait les corps des mannequins en blocs de couleurs distincts.

L’ACCESSOIRE IMMANQUABLE : LE CHAPEAU PUCCI

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Emilio Pucci printemps-été 2017

Les défilés de mode sont bien connus pour révéler des accessoires originaux afin de compléter et rehausser leurs collections. Et cette saison, Milan ne fit pas exception à la règle. Mais l’une des marques présentes a frappé très fort. Celle-ci, c’est Emilio Pucci.

L’allure colorée et sportive du show du créateur Massimo Giorgetti s’est vue agrémenter de chapeaux oversize en raphia tressé qui occultaient totalement les visages des mannequins tandis qu’elles bravaient adroitement le podium Pucci. Mais le plus intéressant dans cela est surtout le fait que le créateur a délaissé le traditionnel chapeau de paille beige au profit d’un raphia noir profond. Il a volontairement laissé des brins de paille s’échapper jusqu’aux mentons des mannequins pour créer comme un effet de rideau. Le résultat était aussi théâtral que gai. Un combo rare et le contrepoint parfait à cette collection d’inspiration tribale.

FEUX LES TALONS : L’AVENEMENT DES PLATEFORMES

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De gauche à droite : Versace printemps-été 2017, Prada printemps-été 2017

Quand la créatrice Donatella Versace choisit de commencer son show signature par une série de mannequins chaussés d’épaisses Teva au lieu de talons, c’est l’indice qu’un changement de paradigme mode est en route. Donatella Versace est une femme qui ne s’est jamais refusée à aucune sorte de talon haut, et en effet, une poignée d’entre eux ont fait leur entrée sur le podium. Mais le seul fait que Versace ait, ne serait-ce que, pensé lancer des Tevas sur son podium indique un bouleversement majeur dans l’univers du soulier.

Et elle fut loin d’être la seule. L’équipe créative de Salvatore Ferragamo a surélevé ses sandales de semelles généreusement rembourrées. Miuccia Prada a également associé à ses silhouettes chamarrées et ornées de plumes des sandales brillantes à double semelle. Et Fay, MSGM et Marco de Vincenzo y ont eux aussi cédé.

L’INSTANT GENERATION Y : DOLCE & GABBANA EMBRASSE LE FUTUR

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Dolce & Gabbana printemps-été 2017

Il n’y a pas si longtemps de cela, Domenico Dolce et Stefano Gabbana faisaient scandale avec leur décision de placer la nouvelle génération de blogueurs influents et de photographes de streetstyle au premier rang. Ils froissaient par la même occasion bon nombre d’invités vissés depuis la nuit des temps au premier rang et qui se trouvaient ainsi relégués au second plan.

Le tandem de créateurs a renouvelé l’expérience cette saison. Mais cette fois-ci, le front row exhibait des #influenceurs, la progéniture des célébrités et des stars de YouTube. Les journalistes se sont vus remettre un polycopié de quatre pages avec les noms et les photos de chacun des adolescents, ainsi que leur nombre respectif de followers Instagram. La foule en délire à l’extérieur du lieu du show qui scandait le nom de la sensation YouTube Cameron Dallas a prouvé que la marque avait marqué un but dans le camp de la génération millénaire. La présence de Lucky Blue et de ses contemporains à l’instar de Sistine Stallone (fille de Sylvester) et Rafferty Law (fils de Jude), sans oublier Dylan Jagger (joli fruit de la rencontre entre Pamela Anderson et Tommy Lee) a souligné le fait qu’une nouvelle génération de célébrités nous attend. Et Dolce & Gabbana l’accueille à bras ouvert.

LE LIEN MANQUANT : LE MAQUILLAGE

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De gauche à droite : Tod’s printemps-été 2017, Erika Cavallini printemps-été 2017, Les Copains printemps-été 2017

Il semblerait que le choix d’Alicia Keys d’arrêter de se maquiller ait fait l’effet d’un raz-de-marée sur l’industrie au complet cette saison. D’abord à New York puis désormais à Milan, le maquillage manque à l’appel. Quand nous parlions un temps de maquillage « naturel » ou « nude », la dévolution du maquillage de défilé est telle que les make-up artists eux-mêmes sont obligés de parler d’un «no make-up make-up».  En Italie, une grande majorité des défilés et des présentations ont emprunté ce chemin on ne peut plus minimaliste. Erika Cavallini, Tod’s et Brunello Cucinelli ont préféré garder, lors de leurs présentations, l’attention de leurs invités concentrée sur les vêtements et les accessoires, plutôt que sur les modèles qui les arboraient, et ce en partie en s’affranchissant d’un maquillage tape-à-l’œil. Même constat sur le podium. Les marques, majeures ou plus confidentielles, telles que Bottega Veneta et Prada ou Les Copains et Isa Arfen ont succombé à un maquillage des plus minimalistes. Cette tendance renforce encore et élève le concept de « fresh face ».

À SUIVRE : GABRIELE COLANGELO

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Gabriele Colangelo printemps-été 2017

Le créateur Gabriele Colangelo a imaginé, non pas une mais bien deux collections originales et modernes à Milan cette saison. Ce demi-finaliste du prix LVMH a démontré son talent unique pour créer des pièces qui ne semblent faire référence à aucune époque ou à aucun style particuliers. Son travail, aussi bien pour son label signature que pour sa nouvelle fonction de créateur chez Giada, trouve toujours son essence dans l’expression créative d’artistes venus de différents domaines, depuis la peinture jusqu’à la céramique, en passant par la photographie et la musique. Mais entre les mains de ce créateur, ces références se mélangent et se complètent pour concevoir quelque chose de totalement original et novateur, aussi bien au niveau visuel qu’au niveau de la texture, puisque Colangelo aime aussi imaginer de nouveaux tissages et façon de traiter la fourrure. Un créateur original made in Italy.

FOREVER DISCO : LES ETERNELLES ANNEES 1970

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De gauche à droite : Gucci printemps-été 2017, Philosophy di Lorenzo Serafini printemps-été 2017, Roberto Cavallini printemps-été 2017, Giamba printemps-été 2017

S’il y a bien une époque dont les créateurs de mode semblent s’inspirer inlassablement, ce sont bien les années 1970. Le spectre vestimentaire riche et varié de ce temps, des hippies peace and love au glamour du Studio 54 en passant par le look militaire, il est aisé de comprendre pourquoi l’industrie ne parvient pas à se lasser de cette décennie. Milan, en particulier, nourrit une passion pour l’époque et des griffes comme Gucci, Roberto Cavalli, Philosophy di Lorenzo Serafini et Giamba, ont tous déchiré une page dans la bible des années 1970.

Mais ce qu’il a été génial de voir est la façon dont chaque créateur a réussi à incorporer un peu de l’esprit des années 1970 sans, dans la plupart des cas, le laisser envahir la collection. Gucci fait figure d’exemple. La collection au goût vintage et éclectique du créateur Alessandro Michele, également inspirée d’un récent voyage à Hollywood, témoignait d’une évolution de son style signature. Le monde de la mode demeure fasciné par son univers sartorial et semble bien décidé à continuer de l’explorer. Donc si les années 1970 dessinent indéniablement les silhouettes de Michele, elles ne les dirigent pas.

LA BATAILLE DES SUPERMODELS : LE DÉFI DES PODIUMS

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Versace printemps-été 2017

Tant chez Versace que chez Bottega Veneta, le casting était légendaire. Qui est le plus à même de vendre, les vétérans ou les nouvelles venues ? L’expérience l’emportera-t-elle sur l’enthousiasme juvénile ? Sur le podium de Versace où l’heure est à un vestiaire sportif composé de silhouettes sexy et moulantes, Naomi Campbell, Doutzen Kroes, Jourdan Dunn et Adriana Lima montraient à leurs cadettes leur façon de faire. Taylor Hill, Bella Hadid et sa sœur Gigi ont affirmé leur position chez Donatella. Mais bien que ces filles aient cumulé les défilés cette saison, chez Versace, les icônes l’ont emporté.

Du côté de chez Bottega, le créateur Tomas Maier est allé encore plus loin dans son hommage rétrospectif aux supermodels. Il a demandé à la légende Lauren Hutton de fouler son podium pour célébrer les 50 ans de la marque et son 15e anniversaire à la tête de la maison. Aux côtés de la beauté de 72 ans, d’autres mannequins favoris à l’instar de Guinevere Van Seenus, Karen Elson, Edie Campbell et Aymeline Valade ont démontré que la maîtrise vient avec la pratique. Mais quand Lauren Hutton est fièrement sortie main dans la main avec Gigi Hadid, le symbolique passage de flambeau a ému l’assemblée.

SPORTSWEAR : COULEURS VIVES ET CORDONS TECHNIQUES

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De gauche à droite : MSGM printemps-été 2017, Stella Jean printemps-été 2017, Salvatore Ferragamo printemps-été 2017, Arthur Arbesser printemps-été 2017

Lors de la dernière journée de la semaine de la mode de Milan, plusieurs créateurs se sont tournés vers les couleurs vives du sportswear, ses systèmes élaborés de fixation et ses coupes fuselées pour imaginer des pièces dynamiques. MSGM, Marni, Arthur Arbesser, Stella Jean, Ferragamo et Missoni ont tous présenté leur collection le dernier jour complet de la Fashion Week milanaise. Et tous ont mis un coup d’accélérateur à l’utilisation de couleurs à fort impact. Parfois de la tête aux pieds, mais souvent en color block. L’influence du sportswear était omniprésente sur le podium, de la réinterprétation des maillots de football chez Stella Jean aux créateurs inspirés par les emblèmes athlétiques classiques (des flèches chez Arbesser) et les systèmes de fixation et coupe à l’instar des cordons chez MSGM.

Un point final puissant à la semaine et un énième indice de la nouvelle diversité et de l’énergie créative positive qui émane actuellement de la capitale lombarde.

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