Rombaut Antidote

Mats Rombaut, pionnier des sneakers vegan : « Je pensais que j’allais changer le monde »

Photo : Mats Rombaut par Patrick Weldé, pour Magazine Antidote : EARTH été 2018.
Top et pantalon, GMBH. Gilet, personnel.
Texte : Maxime Retailleau.

Il rêve de révolutionner la mode avec son label vegan, et ses chaussures alliant éthique et esthétique arborées par Bella Hadid ou encore Tommy Cash. Le designer Mats Rombaut s’associe également cette saison avec Antidote Studio, autour d’une collection capsule vendue en exclusivité au Printemps. Entretien.

ANTIDOTE. Vous êtes devenu végétarien à 21 ans puis végétalien quatre ans plus tard, qu’est-ce qui vous a poussé à effectuer ces choix ?
MATS ROMBAUT. Je regardais beaucoup de documentaires sur la pollution de notre planète, et quand j’ai appris à travers eux que l’élevage animal était la cause principale de ce problème, je suis immédiatement devenu végétarien. La compassion pour les vaches, les cochons et les autres animaux est venue ensuite, quand j’ai découvert les abus et les traitements inhumains auxquels ils étaient soumis, et quand j’ai appris à quel point ils sont intelligents. Quand j’étais enfant, on me disait que les animaux ne ressentaient pas la douleur, qu’ils étaient stupides, qu’ils « n’ont pas d’âme » et d’autres conneries de ce type. Quand on se fait sa propre opinion sur le sujet, on réalise à quel point on les sous-estime, ce dont on se sert ensuite pour justifier leur massacre.

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De quoi partez-vous pour créer une nouvelle paire de chaussures ? D’un contexte dans lequel elles pourraient s’inscrire ?
Pour moi, toutes les chaussures ont besoin d’être reliées à une histoire. Elles doivent être pertinentes dans le monde d’aujourd’hui, donc automatiquement je n’utilise pas de produits d’origine animale. En termes de style, elles doivent correspondre au climat actuel, et trouver un équilibre (ce qui est le plus difficile) : elles ne doivent pas être trop excentriques, pour que les gens puissent les porter, mais elles doivent être assez spéciales pour leur donner envie de les avoir.

Quand vous avez lancé votre marque en 2011, vous avez commencé par développer de nouvelles matières seul. Comment vous y preniez-vous ?
Je ne sais pas où je trouvais l’énergie, je pensais que j’allais changer le monde. J’ai emprunté la voiture de ma mère pour conduire de Belgique jusqu’en France, avant de me rendre chez un fournisseur en Allemagne, où j’ai recouvert un matériau « écorce » avec du latex et des pigments. Puis j’ai dû conduire jusqu’en Italie, car je ne pouvais pas me permettre de payer une compagnie de livraison.

L’offre de matières vegan employées pour la confection de chaussures s’est-elle élargie depuis ?
Oui, vraiment. C’est notamment le cas des cuirs vegan en plastique, mais cela concerne aussi d’autres matières naturelles.

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Photo : Mats Rombaut et Olga Bongiovanni par Patrick Weldé, pour Magazine Antidote : EARTH été 2018.
Mats Rombaut : Pantalon et hoodie, Balenciaga. Chaussures, Rombaut.
Olga Bongiovanni : T-shirt, pantalon et sneakers, Balenciaga.

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Photo : Mats Rombaut et Olga Bongiovanni par Patrick Weldé, pour Magazine Antidote : EARTH été 2018.
Mats Rombaut : Pantalon et hoodie, Balenciaga. Chaussures, Rombaut.
Olga Bongiovanni : T-shirt, pantalon et sneakers, Balenciaga.

Quand vous avez créé votre marque, vous avez décidé de ne proposer que des chaussures car c’était le domaine le moins vegan de la mode, celui où on retrouvait le plus de cuir. Avez-vous le sentiment que la situation a évolué depuis ?
Oui, aujourd’hui il y a beaucoup plus de marques qui proposent des chaussures vegan. C’est devenu une sorte de petite tendance. Mais la plupart des chaussures restent confectionnées avec du vrai cuir, et c’est donc toujours le domaine où il reste le plus de progrès à faire.

De nombreuses marques ont récemment annoncé l’abandon de la fourrure, et la présence de fake fur lors des défilés est de plus en plus récurrente. Pensez-vous que la fourrure vit ses derniers jours ?
Oui, et je suis content que tout cela se passe si vite. Il a fallu tellement de temps pour créer ce mouvement, et maintenant il est là, c’est incroyable ! La prochaine étape est de s’assurer que la production et la biodégradabilité s’inscrivent dans une démarche durable.

« Je voulais changer le monde de la mode, et je pense que pour faire évoluer un système il faut l’intégrer et le changer de l’intérieur, lui donner une nouvelle direction en donnant l’exemple. »

L’industrie de la mode semble bannir de plus en plus la fourrure alors que d’autres matières impliquant une exploitation animale comme le cuir, le cachemire, la soie, ou encore la laine sont beaucoup moins stigmatisées. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
Je pense que c’est la même chose qu’avec la viande : quand les gens mangent un steak, ils se sentent moins coupable que si ils mangeaient une part de bébé veau avec sa tête à côté d’eux. Avec le steak ou le burger, il n’y a pas d’association directe avec l’animal. Le cuir est tellement traité que les gens n’ont pas le sentiment de porter la peau d’un autre animal. La soie, je pense que presque personne ne sait comme c’est fabriqué, et concernant la laine, son industrie a une stratégie marketing visant à la présenter comme durable et saine pour tout le monde. Il va falloir du temps avant que la vérité soit exposée.

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Photo : Xiangyu Liu.
Double chemise, Antidote Care, 210 euros.
Débardeur, Antidote Care, 80 euros.
Jean, Antidote Care, 210 euros.
Chaussures, Antidote Studio en collaboration avec Rombaut, 280 euros.

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Pensez-vous qu’après la fourrure, le vrai cuir va à son tour être rejeté par une partie grandissante de l’industrie de la mode ?
Oui, sans aucun doute, les gens commencent déjà à réaliser que c’est plus ou moins la même chose.

Alors que les marques renonçant à la fourrure l’annoncent officiellement, et en profite souvent pour faire un coup de com’ au passage, vous n’avez jamais mis en avant de manière ostentatoire la dimension vegan de votre marque. Pourquoi ce choix ?
Parce que nous voulions planter une graine au sein de l’industrie de la mode, nous ne cherchions pas à atteindre une « audience vegan ». Je voulais changer le monde de la mode, et je pense que pour faire évoluer un système il faut l’intégrer et le changer de l’intérieur, lui donner une nouvelle direction en donnant l’exemple.

Alors que vous travailliez chez Lanvin puis Damir Doma, vous rêviez déjà de lancer votre propre marque. Vous êtes aujourd’hui à la tête de votre label depuis sept ans : la réalité de ce métier correspond-elle à ce que vous espériez ?
Pas du tout. C’est plus dur que ce que je pensais, mais je ne regrette pas du tout d’avoir lancé ma marque. Il m’a fallu sept ans pour apprendre, convaincre les gens de sa valeur, et atteindre le seuil de rentabilité financière.

Quel a été le souvenir le plus marquant de ces sept années passées à faire grandir Rombaut ?
Je crois que c’est quand David Lynch a porté mes chaussures, j’étais en extase !

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Tommy Cash portant des santiags Rombaut. Photos : Maxime Retailleau.

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Tommy Cash portant des santiags Rombaut. Photo : Maxime Retailleau.

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Photo : Maxime Retailleau.

Vous collaborez cette saison avec Antidote Studio, pour qui vous avez réinterprété votre modèle Bocaccio. Quel a été votre processus créatif  ? 
Nous voulions ajouter une touche de fluo (vert ou bleu) à la chaussure, et aussi renforcer ses lignes et sa forme. C’est pourquoi nous avons décidé de suivre ses contours au marqueur.

Qu’est-ce qu’implique une collaboration avec une autre marque ? Avez-vous d’autres partenariats prévus à ce jour ?
J’ai travaillé pour deux autres marques en tant que « designer fantôme », et nous avons de nouvelles collaborations de prévues pour Rombaut, mais je ne peux pas encore donner de détails.

Bella Hadid arborait récemment vos nouvelle santiags sur une photo qu’elle a postée sur Instagram. Quelle a été votre réaction en la découvrant ?
J’étais très heureux, car c’est le début de l’acceptation de la part du mainstream.

Vous avez déclaré rêver de pouvoir concevoir des chaussures à la fois vegan et biodégradables. Y êtes-vous parvenu, ou les matières biodégradables sont-elles encore trop peu résistantes ?
J’y travaille, j’y parviendrai le plus tôt possible.

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Photo : Xiangyu Liu.

La première collection Antidote est disponible en exclusivité au premier étage du Printemps de l’Homme, 64, Boulevard Haussmann, Paris 9.

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Photo : Xiangyu Liu.
Blouson, Antidote Care, 320 euros.
Sweatshirt, Antidote Care, 190 euros.
Jean, Antidote Care, 210 euros.
Chaussures, Antidote Studio en collaboration avec Rombaut, 280 euros.

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La première collection Antidote est disponible en exclusivité au premier étage du Printemps de l’Homme, 64, Boulevard Haussmann, Paris 9.

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