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La renaissance de Céline Dion

Texte : Edouard Risselet

De cette haute couture parisienne, ce ne sont ni les paillettes de Zuhair Murad ni les cuissardes de Vetements que l’on retiendra mais bien l’allure pimpée et pimpante de celle qui investissait Bercy pour une série exceptionnelle de huit concerts à guichets fermés. À 48 ans, Céline Dion est la dernière mode.

Elle est la star des stars. Celle que les fans les plus pieux se font irréversiblement graver à l’encre ébène sur l’épaule. Ceux-ci s’étaient tous donnés rendez-vous sur le parvis de Bercy la semaine dernière pour assister à l’un de ses huit concerts joués cet été à guichets fermés. Ils ne sont pas venus seuls. L’adoubement de Céline Dion est tel qu’il garantit qu’au moins l’une de vos accointances digitales se soit acquittée d’un ticket pour aller admirer la chanteuse québécoise dégoiser ses plus beaux hymnes. Mais Dion ne s’est pas faite en un jour.

Toujours enthousiaste, authentique et proche de son public, le mythe Dion ne repose pas que sur son talent de chanteuse. Elle est est indiscutablement une diva, sans les caprices. Et le show est à la hauteur de sa réputation. Deux heures sur scène, sans entracte ni même une goutte d’eau. Quelques chamallows qu’elle distribue aux spectateurs en scandant : « Haribo, cest beau la vie, pour les grands et les petits ». Elle enchaîne les tubes, le public se mouche. Elle peut aussi jouer plusieurs instruments par la seule force de son grain voix qui lui valait en 1988 de remporter le titre de l’Eurovision, avant que celui-ci ne tombe entre les mains sales de la techno croate.

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De gauche à droite : robe et sac Balenciaga, manteau Off-White et sac Céline.

Cela faisait quatre ans que l’on n’avait pas vu Céline Dion dominer une scène parisienne, préférant quelque temps la scène du Colosseum de Las Vegas que son défunt mari René Angelil lui avait fait construire en 2001. Mais elle ne nous a pas oubliés, jamais. Elle n’a pas changé, non plus. À un détail stylistique près. Sur le pas de la porte du Royal Monceau qu’elle franchit chaque jour de représentation, elle apparaît étonnamment relookée, plus brillante et plus belle. Un jour en manteau de cuir Off-White, sur scène en Givenchy par Riccardo Tisci, le lendemain en robe Balenciaga issue de la collection Pre-Fall 2016 signée Demna Gvasalia.

Rien ne semblait pourtant prédestiner les chemins de ces deux-là à se rencontrer. Hormis peut-être leur passion commune pour le vêtement retourné. Impossible est d’oublier le costume en satin blanc arboré par la Québécoise à la cérémonie des Oscars de 1999 dont la veste portée à l’envers l’inscrivait instantanément dans le registre privilégié des pires ensembles jamais tentés sur tapis rouge. Puis, il y a Titanic. C’était prévisible, Céline l’a fait, la photo est jouissive. Une poignée d’heures avant son redouté départ de la capitale, elle est aperçue à la sortie de son palace vêtu du déjà iconique hoodie Jack & Rose de Vetements. « La boucle est un nœud », aurait-elle dit avec justesse.

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De gauche à droite : combinaison et bottines Barbara Bui, manteau Jil Sander et bottes Gianvito Rossi, manteau et sac Fendi.

Pourquoi maintenant ? Depuis 2007, Céline Dion confiait son image à sa fidèle styliste québécoise Annie Horth. Mais sept ans plus tard, c’est la rupture. « Cest quelque chose de très personnel », confiait alors en 2014 l’attachée de presse de la chanteuse. À l’approche de la sortie du nouvel album de l’interprète canadienne dont le premier single Encore un soir a récemment été dévoilé, ce renouveau s’apparente à la première étape d’une promotion savamment orchestrée. Elle le doit à Law Roach, un styliste américain déjà attelé à l’image de Zendaya et Ariana Grande. Céline avait repéré son travail à la télévision puis demandé à son équipe de le contacter. Plus sophistiquée, sa garde-robe est aussi plus jeune et moins pompeuse, moins Mariah Carey et plus hip-hop.

Sa nouvelle légitimité mode est immédiate. Les maisons qui auraient autrefois hésité à lui prêter une paire de chaussettes décrochent leur téléphone pour joindre le rédempteur. « Tous les showrooms appelaient et disaient : Nous aimerions vous envoyer des pièces pour Céline », raconte Law Roach au Elle américain.
À la semaine de la haute couture automne-hiver 2016, Céline jongle entre le devant de la scène et le premier rang des défilés, qu’elle n’avait pas occupé depuis près de 20 ans. Tremblez Marion Cotillard, Laetitia Casta et autre Inès de la Fressange. Au défilé Dior, la vedette, c’est elle. Au défilé Giambattista Valli, les invités détournent leur attention des robes en tulle au profit des manifestations aussi spontanées que dramatiques de la chanteuse qui s’émeut.

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De gauche à droite : Bianca Brandolini D’adda, Céline Dion et Inès de La Fressange.

Et quand vient le moment pour le créateur italien de saluer l’audience, les premiers rangs se contentent sans surprise de timides applaudissements. Céline, les pouces en érection, révère Giambattista comme elle l’aurait fait pour René-Charles à la fin de sa compétition de judo. À 48 ans, Céline Dion n’a pas dit son dernier mot. And the show will go on.

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