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Comment les stars de Disney sont devenues les égéries du luxe

Texte : Alice Pfeiffer
Photo : Campagne Series 5 automne-hiver 2016 de Louis Vuitton par Bruce Weber.

Si les anciens membres du Mickey Mouse Club apparaissent à l’affiche des plus grandes campagnes, c’est parce qu’ils véhiculent un message clair : la promesse de pouvoir radicalement se réinventer.

Un régiment de femmes androgynes vous fixe, bras croisés ou mains sur les hanches. Imposantes, presque viriles, elles sont à l’affiche de la nouvelle campagne Louis Vuitton. Au milieu d’elles, une brune pulpeuse aux longs cheveux bouclés et au visage poupin contraste discrètement. Contre toute attente, il s’agit de Selena Gomez. L’esthétique tomboy a beau être branché, la chanteuse pop et ex-Disney Channel (et Justin Bieber) charme la mode, malgré un physique a priori opposé. Elle est aussi la nouvelle égérie Coach, est apparue récemment sur les couvertures d’une ribambelle de Vogue, Harper’s Bazaar, et faisait la controverse déguisée en femme-enfant hypra-sexualisée pour le magazine V.

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De gauche à droite : Vogue Australia septembre 2016, V Magazine printemps 2015

Un parcours hors du commun ? Précisément le contraire. Elle s’inscrit dans la mythologie de la Disney Kid devenue soudaine égérie de la mode. Encore et toujours, le même parcours : d’abord un succès explosif chez les 5 à 12 ans, suivie d’une crise d’adolescente tardive, puis d’un pétage de plomb, et d’un deuxième volet de gloire dans leur nouvelle famille d’adoption, le luxe qui aurait comme assagi ces rebelles par le pouvoir transcendantal du vêtement.

FABRIQUE D’UNE RÉBELLION MAÎTRISÉE

Attention, si beaucoup de stars du Mickey Mouse Club craquent, toutes ne sont pas nécessairement draguées par la mode. N’oublions pas les arrestations multiples de Lindsey Lohan, qui tente aujourd’hui de se relancer en inventant un nouvel accent pseudo-britannique – le « Lilohan » – ou Britney Spears post-crâne rasé, qui accumule les tristes chorégraphies.

Campagne Calvin Klein printemps-été 2016.

Réussir à se reconvertir en modeux est un exercice bien plus périlleux et contrôlé qu’il ne le semble. Prenons le cas de Justin Bieber, désireux de lâcher son look minet à mèche. Il ne tombe pas (visiblement) dans la cocaïne (contrairement à LiLo qui se vante de n’en avoir avoir pris « que 10 à 15 fois ») : il boit plutôt du sirop codéiné et accumule tatouages et musculation. Sa rébellion tiède, finalement plus proche d’un relooking, permet de surprendre ses anciens fans, choquer doucement les parents, tout en restant dans le domaine de la légalité – un facteur important pour une Amérique puritaine. Bientôt, le voilà en train de cligner de l’œil sur la couverture du magazine i-D, cheveux peroxydés, tenues parfaitement calculées entre hip-hop et punk. Le message est clair : ce mash-up est une façon de signifier une émancipation hors de la case enfermante de laquelle il était autrefois prisonnier.

Idem pour Miley Cyrus : elle coupe ses cheveux, fume de la Salvia (une herbe légale), twerke, se découvre pansexuelle – et indique, en choquant sans réellement s’aliéner, qu’elle a repris possession d’un corps autrefois sexualisé de force. En deux temps trois mouvements (de hanches), elle apparaît dans la campagne Marc Jacobs, sur une flopée de couvertures de magazines pointus, et collabore avec Jeremy Scott.

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Campagne Marc Jacobs printemps-été 2014

Aujourd’hui, une nouvelle fournée de Disney Girls charme l’empire de l’éphémère – des toutes jeunes filles qui transforment habilement leurs coups de gueules en contestations engagées et 3.0. Rowan Blanchard, âgée de 15 ans, se dit sexuellement queer, féministe, pose devant l’objectif de l’artiste Petra Collins pour la couverture de Wonderland ; elle défilait aussi récemment pour Opening Ceremony et était invitée au défilé Chanel. Le message est clair : à la croisée de deux générations, elle prouve que l’on peut, dès le plus jeune âge, militer sans pour autant sortir de codes girly – rassurante pour les parents et radicale pour les minettes.

Quant à Selena Gomez et Zendaya, les deux se démarquent en s’exprimant haut et fort contre la féminité ambiguë attendue des héroïnes du Mickey Mouse Club, à la fois virginales et sexuelles, et dont le physique est contrôlé à la perfection pour répondre à des normes excluantes. Pour chaque ex-enfant Disney, la chaîne devient une plateforme de gloire, dont le rejet engrange un nouveau chapitre de notoriété : ils incarnent l’Amérique bienséante pour mieux la déconstruire après – sans jamais crier trop fort.

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Rowan Blanchard a tenu un discours sur le féminisme et le droit des femmes en marge du défilé Opening Ceremony printemps-été 2017.

LE DISNEY KID ET LA MODE : UNE PROMESSE DE RÉINVENTION PERSONNELLE

Et les impacts sont multiples. D’abord, le buzz indéniable sur les réseaux sociaux. Comme le souligne le magazine économique Fortune, « les intérêts sont assez clairs lorsque l’on caste Selena Gomez : 107 million de followers sur Instagram – une simple photo d’elle en train de siroter un coca récolte 6 millions de Likes. Sur Twitter, elle a 46 millions d’abonnés, deux fois plus que Trump. » Son public de millenials la suit depuis son plus jeune âge : il a grandi avec elle, a eu ses blues adolescents au même âge. Il a pleuré quand elle s’est fait larguer, hurlé quand les médias people l’ont montrée du doigt plus dodue qu’auparavant.

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Une photo publiée par Selena Gomez (@selenagomez) le

Aujourd’hui, la revoilà rayonnante à l’affiche de campagnes. Elle apparaît indépendante, femme forte, moins provoc’, (vaguement) plus alternative. La mode devient donc l’élément salvateur qui lui a ouvert ses bras, qui lui a permis de se relever et se réinventer dans une société jeuniste et infidèle. Sa tenue devient donc l’enveloppe et le chaperon symbolique de sa nouvelle vie, comme si les deux étaient intimement liés.

Selena, Rowan, Zendaya deviennent les plus rebelles des filles sages, les plus sages de rebelles, et nous réconcilie tous, mères strictes et enfants en mal d’encanaillement, faux jeunes, faux vieux, autour d’un perfecto, plus bankable que jamais.

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