Louis Vuitton Parfum Jacques Cavallier Interview Antidote

Qui se cache derrière les premiers parfums Louis Vuitton ?

Texte : Jessica Michault
Photo : courtesy of Louis Vuitton

Pour la première fois de son histoire, la maison Louis Vuitton a décidé d’explorer l’univers des parfums. Ses sept nouvelles fragrances signatures incarnées par Léa Seydoux sont l’œuvre de Jacques Cavallier-Belletrud, maître parfumeur et créateur des iconiques L’Eau d’Issey et Dior Addict. Le nez de la maison dévoile pour Antidote les secrets dont il a hérité de ses pères et raconte le long et passionnant processus de conception d’un parfum.

Le maître parfumeur Jacques Cavallier-Belletrud a toujours vécu entouré de senteurs. Troisième génération d’une lignée de parfumeurs, sa famille réside dans la ville de Grasse, baptisée capitale mondiale du parfum, depuis le XVe siècle. Il s’est lancé le plus grand défi de sa carrière en acceptant d’imaginer pour Louis Vuitton une nouvelle ligne de fragrances signatures.

En 2012, Jacques Cavallier-Belletrud se voit confier le rôle de parfumeur exclusif, ou « nez », de la maison Louis Vuitton. Il a, sans relâche, dédié les quatre années précédentes à la recherche et au développement de jus inédits pour la griffe de luxe. Les attentes sont considérables pour ces fragrances d’autant qu’il s’agit des premiers parfums de la maison à voir le jour. Mais le maître parfumeur n’en est pas à son premier essai. Il a déjà fait naître plus de 80 parfums, dont les incontournables Classique de Jean Paul Gaultier, Dior Addict et l’Eau d’Issey. Le futur des parfums Louis Vuitton ne pouvait être en de meilleures mains.

Jacques Cavallier-Belletrud s’ouvre ici sur son éternelle histoire d’amour avec les parfums, ses instants olfactifs favoris et son immersion dans le monde merveilleux de Louis Vuitton.

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Photo : Patrick Demarchelier courtesy of Louis Vuitton

Antidote : Vous êtes la troisième génération d’une lignée de parfumeurs, avez-vous toujours voulu faire ce métier ?
Jacques Cavallier-Belletrud : Absolument, d’après mes souvenirs, je veux faire ce métier depuis l’âge de 5 ans. Je trouvais ça extraordinaire de pouvoir gagner sa vie en sentant des petits buvards en papier et en imaginant des parfums. J’ai toujours voulu faire ça. Et d’ailleurs, depuis que je fais ça, je suis en vacances.

Quels sont les petits secrets qui vous ont été transmis par votre père et votre grand-père ?
Ce que j’ai appris avec eux, c’est surtout une approche des matières premières, naturelles notamment. Ils m’ont inculqué cet amour, cette passion pour la nature en général et les merveilleuses matières que l’on peut en tirer pour créer des parfums. Je perpétue cela parce que c’était vraiment une activité importante pour eux et je crois être l’un des seuls, sinon le seul, dans mon métier à continuer de travailler ainsi. Cela relève de sentiments qu’ils m’ont appris à éprouver, mais aussi à laisser libre cours à sa créativité tout en gardant bien à l’esprit l’étendue de leurs enseignements.

Avez-vous une affinité avec une matière première en particulier ?
Bien sûr, les fleurs. J’adore les fleurs blanches, le jasmin évidemment. La rose, parce que c’est une fleur sur deux variétés botaniques différentes : l’une qui est une note extrêmement fruitée, violente, de rose, de cognac, de rhum, note de tête et de coeur, et l’absolu de rose centifolia de Grasse, cœur de la fleur de rose avec ses accents épicés. Je trouve tous les extraits floraux magnifiques parce qu’ils incarnent une féminité sans limites. Il y a autant de belles fleurs que de femmes. On ne peut pas faire ce métier si on est que technicien, il faut de la poésie.

Une femme doit-elle avoir plusieurs parfums ou toujours porter le même ?
Il faut essayer des parfums bien sûr, mais on revient toujours à celui qu’on préfère. On peut être infidèle mais il faut toujours revenir à la maison.

Quand vous rencontrez quelqu’un, est-ce que son parfum vous éclaire sur sa personnalité ?
Oui, c’est possible. Le parfum est une manière de révéler sa personnalité sans en dire trop, et surtout en silence. Selon son choix de jus, on arrive à déterminer la personne si elle est plus ou moins conventionnelle. Le parfum des femmes, c’est comme une robe, une paire de souliers, elles y portent une très grande attention.

 

Quelles sont les tendances actuelles en matière de parfum ?
Beaucoup de fruit, beaucoup de notes gustatives. Je crois que cela correspond à une époque où on a besoin de plaisir, de positif. Donc les fruits, le caramel, les notes barbe à papa sont des notes plutôt joyeuses. Le problème c’est qu’il y en a peut-être un peu trop maintenant donc il va falloir faire quelque chose. Il y a un besoin de fraîcheur, toujours avec des fruits, mais on est allé à l’overdose du fruit, donc on revient à de la fraîcheur plus agrume, plus « naturelle ».

Vous avez fait plus de 80 parfums depuis que vous faites ce métier, y a-t-il un parfum parmi ceux-là qui vous tient particulièrement à cœur ?
Vous savez, c’est comme les filles, la première on ne l’oublie jamais. Et moi mon premier parfum, c’était l’Eau d’Issey d’Issey Miyake. Il a été un point de départ important pour ma création. Chaque fois que je le sens, je suis toujours ému.

Depuis 2012, vous décidez de changer complètement de cap en entrant dans une grande maison de mode, pourquoi ?
Parce que Louis Vuitton, ça ne se refuse pas. Rentrer dans la plus grande maison de luxe du monde pour y démarrer l’activité parfum en tant que son créateur exclusif… Je n’ai pas beaucoup réfléchi. Même si j’étais très heureux là où j’étais, je me suis dit que c’était merveilleux. C’est aussi une manière de revenir à une notion du métier plus pure. Je vais avoir du temps pour faire des choses, j’ai une liberté exceptionnelle, j’ai le choix de travailler avec les matières premières que je veux. Et puis, il faut toujours être un peu fou. Et surtout le fait d’exercer mon métier à mille pour cent, de vivre ma passion et d’être le porte-parole olfactif de la maison. Depuis que j’y suis, je me lève tous les matins et je trouve ce défi passionnant.

Vous avez intégré Louis Vuitton il y a déjà quatre ans, est-ce un laps de temps obligatoire pour la conception d’un nouveau parfum ?
Quatre ans, c’est normal. Vous savez le parfum, c’est quelque chose qui doit se réfléchir, on doit faire des essais, il faut se poser, le rythme n’est pas toujours à mille à l’heure. Le luxe aujourd’hui, c’est d’avoir le temps de faire les choses.

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Qu’avez-vous trouvé chez Louis Vuitton que vous n’aviez pas encore trouvé ailleurs ?
Je vis au rythme de la Maison et ça c’est très différent. Avant j’étais un fournisseur privilégié, je ne faisais pas partie des maisons avec lesquelles je travaillais. En ça, c’est une expérience unique. Et voir une grande maison de luxe comme Louis Vuitton vivre, voir aussi le respect que cette Maison a pour ses créateurs, c’est vraiment incroyable. Il y a beaucoup de respect et beaucoup de responsabilités aussi. J’aime voir des artisans de maroquinerie travailler, voir cette richesse de création, cette passion aussi qu’a le personnel de la maison, que ce soit au niveau des ateliers, des créateurs ou des gens qui travaillent dans les magasins. Il y a une fierté de travailler pour Louis Vuitton et je ne connaissais pas cela. Ça ne m’a pas dérouté mais au contraire encouragé.

Quel était d’après vous le plus grand challenge pour ce nouveau parfum ?
Louis Vuitton est une marque contemporaine, ce qui m’a beaucoup apporté, c’est de vivre au sein de cette maison et de voir le mouvement perpétuel vers la création, de se poser la bonne question. Parce que le but final, c’est d’apporter à la cliente ou au client la satisfaction de découvrir un produit qu’il n’aura pas la possibilité d’acheter ailleurs. J’ai désormais conscience que dans le luxe, on ne fait pas les choses par hasard, on ne fait pas n’importe quoi non plus, on s’inscrit dans le temps.

Quand vous pensez à la femme qui va porter ce nouveau parfum Louis Vuitton, comment la voyez-vous ?
C’est difficile de créer pour un type de femmes, je préfère parler de féminité. La féminité, c’est une valeur universelle. Il y a des types de femme très différents dans toutes les cultures mais ce qui unit tout ça c’est le sentiment de parler au plus profond de la féminité. C’est d’ailleurs un point que les hommes ne comprendront jamais. La féminité, c’est quelque chose de si unique, si charmant, déroutant, surprenant, qui n’est pas bizarre, qui a toujours les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. C’est ça que j’ai voulu traiter. Et la femme qui porte ce parfum a de multiples visages. C’est ma femme en premier parce que c’est ma femme qui a porté tous les essais. Quand je vois le parfum, je vois ma femme.

Les parfums Louis Vuitton sont disponibles en exclusivité dans les boutiques de la maison et au Printemps Haussmann.

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