Matty Bovan Antidote

Interview avec le designer Matty Bovan, jeune promesse de la mode anglaise

Texte : Henri Delebarre.
Photo : Matty Bovan.

Figure incontournable de la nouvelle garde de créateurs britanniques, Matty Bovan bouscule la mode avec ses collections aussi spectaculaires qu’extravagantes.

À l’occasion de la dernière Fashion Week de Paris, le designer de 28 ans Matty Bovan a investi la vitrine du flagship français de la maison Coach avec une série de looks issus de son dernier défilé, célébrant au passage la sortie de la collection d’accessoires en édition limitée COACH x Matty Bovan. Un nouveau coup de projecteur bien mérité pour ce jeune prodige de la mode anglaise

Sa collection de fin d’études ouvrant le show de la Central Saint Martins avait déjà été largement remarquée en 2015, modernisant l’art du tricot en lui infusant une dimension subversive. Seulement quatre ans et six défilés plus tard , ses créations ont été arborées par pléthore de célébrités, dont Adwoa Aboah, Hailey Baldwin, Rita Ora ou encore Winnie Harlow, toutes séduites par la créativité foisonnante de l’excentrique créateur. Rencontre.

ANTIDOTE. Dans quel environnement avez-vous grandi ?
MATTY BOVAN. Je suis fils unique et j’ai été élevé dans le nord de l’Angleterre, dans le Yorkshire où je vis toujours – pour des raisons économiques. Ma mère, qui était nourrice, m’a toujours encouragé à exprimer ma créativité, elle me faisait faire de la peinture ou des collages avec les enfants qu’elle gardait chez nous. Mais je n’ai pas grandi au milieu de personnes travaillant dans la mode ou lisant des magazines spécialisés.

Quel est votre premier souvenir lié à la mode ?
Enfant, j’adorais observer ma mère en train de se préparer, s’habiller et se maquiller. Mais c’est en suivant des stars de la pop que j’ai vraiment commencé à m’intéresser à la mode. Je pense notamment à Madonna dans ses costumes incroyables créés par Jean-Paul Gaultier. Vers quinze ans j’ai ensuite commencé à suivre le travail de créateurs comme Vivienne Westwood ou encore Rei Kawakubo chez Comme des Garçons. Avant la démocratisation d’internet, c’était moins facile de suivre l’actualité de la mode. Je m’y suis initié par la lecture de magazines comme Dazed & Confused, Harper’s Bazaar ou encore Vogue.

D’où vous vient votre passion pour la création de mode ?
D’un besoin de m’exprimer. Le faire via la mode s’est imposé assez naturellement. Dès l’âge de onze ans, j’ai appris à tricoter au côté de ma grand-mère. Puis à l’adolescence, j’ai commencé à me teindre les cheveux et à personnaliser mes vêtements en les brodant. Ce n’était vraiment pas glorieux ! Mais j’ai toujours aimé créer des choses de mes propres mains pour me démarquer. J’ai ensuite créé des vêtements dès mes quinze ans. Mes premières pièces – des tops en maille ou en jersey – étaient affreuses.

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Photos : Matty Bovan. De gauche à droite : collection automne 2019, automne 2018, automne 2019, été 2019.

Quelle est la chose la plus importante que vous retenez de vos études effectuées au sein de la célèbre Central Saint Martins, à Londres ?
J’y ai appris à ne pas essayer d’être quelqu’un d’autre à tout prix, à devenir moi-même en trouvant mon propre style. Cela prend beaucoup de temps ! J’y suis resté six ans. Je me suis spécialisé dans la maille car j’avais envie de créer mes propres tissus. L’avantage de cette matière, c’est qu’elle vous permet d’avoir un grand contrôle sur vos créations. Elle est aussi une alternative abordable quand vous n’avez pas les moyens de vous acheter des tissus chers. Mes trois saisons passées chez Fashion East (une plateforme visant à mettre en avant de jeunes designers prometteurs, notamment à travers un défilé organisé lors de chaque Fashion Week de Londres, ndlr) m’ont aussi beaucoup appris sur le métier, sur la manière d’organiser les shows en backstage par exemple. Cela m’a aussi permis de rencontrer des acheteurs et de gagner en visibilité.

Comment définiriez-vous le style de vos collections ?
C’est un jeu sur les couleurs et les textures, une sorte de collision entre plusieurs choses qui s’opposent. Je n’ai pas forcément d’idées précises en tête quand je crée, l’inspiration relève davantage de l’abstrait. Mais pour chaque nouvelle collection j’essaie d’imaginer une nouvelle version de moi-même, un personnage qui serait différent à chaque fois. La femme que j’habille me ressemble. Elle sait exactement ce qu’elle veut et connaît parfaitement ses goûts. Quand elle va dans une boutique pour s’acheter de nouveaux vêtements, elle ne met pas six heures pour se décider.

Pourquoi ne dessinez-vous pas de menswear ?
Parce que les collections féminines m’occupent déjà beaucoup. Cependant, j’ai toujours considéré mes créations comme unisexes. Moi-même je les porte, et parmi mes clients il y a des hommes. Ils savent très bien que mes vêtements ne sont pas du tout réservés à un genre en particulier.

« Pour chaque nouvelle collection j’essaie d’imaginer une nouvelle version de moi-même, un personnage qui serait différent à chaque fois. »

Vos collections sont toujours extravagantes. Pourquoi est-ce important pour vous de créer des vêtements spectaculaires ?
J’ai besoin de me positionner contre le statu quo. Si tout le monde porte du sportswear alors je ne vais pas en faire. Je veux créer quelque chose de plus original, de plus particulier. L’idée d’être à contre-courant est assez séduisante. Les pièces que je présente lors des défilés ne peuvent évidemment pas toutes être produites et commercialisées. Elles ont vraiment quelque chose d’unique. C’est aussi un moyen pour moi de célébrer l’artisanat et les savoir-faire.

Votre propre look est très excentrique. Vous considérez-vous comme un punk ?
Quand j’étais plus jeune j’ai essayé d’être un punk. Mais pour l’être il faut vivre en dehors du système. Je ne pense pas que l’on puisse vraiment être punk tout en étant sur son iPhone.

Votre travail est souvent comparé à celui de célèbres designers britanniques comme John Galliano, Vivienne Westwood ou encore Gareth Pugh. Ces parallèles vous paraissent-ils pertinents ?
Je ne pense pas que ce soit à moi de le dire… Je fais simplement ce que je sais faire. Je suis évidemment un grand fan de tous ces créateurs. C’est impossible de ne pas l’être quand on a fait ses études de mode à Londres et qu’on a vu leur travail. Comparer le leur au mien est un grand compliment, mais c’est parfois difficile à comprendre.

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Les sacs issus de la collection COACH x Matty Bovan présentés au sein du flagship parisien de Coach, situé au 372 rue Saint-Honoré.

Vos collections sont à la fois très colorées, joyeuses et brutales. N’est-ce pas contradictoire ?
Tout est contradictoire ! Le mot brutal me plaît, je ne le trouve pas négatif. Parfois l’idée d’une beauté trop évidente m’inquiète. Il faut trouver le juste équilibre.

Vous collaborez avec Coach depuis plusieurs saisons. Quel était le point de départ de votre coopération ?
Il y a plusieurs années, j’ai commencé à personnaliser des sacs Coach pour mes défilés, puis il y a un an j’ai revisité le monogramme signature de la marque. J’ai aussi conçu une collection en édition limitée pour le site de vente en ligne MatchesFashion.com, qui a très bien fonctionnée. Coach a par ailleurs très vite compris ma vision et mon univers. Que ce soit pour repenser les sacs de la maison ou pour imaginer les nouvelles vitrines du flagship parisien, j’ai bénéficié d’une totale liberté. C’est incroyable qu’une marque de cette ampleur donne autant d’espace à un jeune créateur comme moi.

Quelle vision créative vous guidait lorsque vous vous êtes réapproprié les sacs Coach ?
Je voulais jouer sur les couleurs et les proportions. C’était très amusant de revisiter un modèle traditionnel de la marque comme le Campus. En exagérant à l’extrême les volumes du modèle original, j’ai créé un sac banane oversized et un autre minuscule.

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Photos : Matty Bovan. De gauche à droite : collection automne 2017, printemps 2018, printemps 2019, printemps 2018.

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