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Pour Rousseau, l’homme ne se montre jamais autant homme que quand il reconnaît les droits du plus faible, donc de l’animal. Et La Fontaine annonce à Monseigneur le Dauphin au sujet de ses fables : « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes ». Alors peut-on sublimer notre humanité en se rapprochant de notre animalité ? Ainsi, l’animal deviendrait une métaphore de l’humain, un moyen plus ou moins dissimulé de parler de soi. En effet, le physique peut avoir une grande influence sur le mental, comme si, n’en déplaise à Rabelais, l’habit faisait le moine, et le poil, la bête !… et nos instincts d’être éveillés, stimulés au contact, à la vue ou à l‘odeur des peausseries.

Des bêtes de sexe...Quand l’étalon rencontre la chienne, c’est l’esprit des corps qui se déchaine, se déchire, laisse apparaître l’animal en nous, entre danse et coups de reins, nos corps mus par cette force pulsionnelle et primaire qui nous transcende. Possédés, nous nous sentons vivre, sûrs de nous, énergiques, prêts pour conquérir de nouveaux territoires de chasse et d’amour. Car c’est l’amour qui nourrit l’âme, et la chasse, l’incarnation. Et l’animal nous ramène tant à nos âmes perdues qu’à nos corps oubliés, entre ciel et terre, entre féminin et masculin.

Et c’est comme par évidence, le chemin suivi par l’humanité toute entière. Avant-hier, le matriarcat, célébrait les forces de l’instinct, de la nature, hier le patriarcat, civilisait, aujourd’hui nous nous dirigeons, doucement mais sûrement, vers un androgynat psychique, savant et juste équilibre individuel et collectif, entre masculin et féminin. Et n’est-ce pas à cet exact mi-chemin, que l’expression la plus belle, la plus grande et totale de notre humanité se trouve ?

Une re-connection à la nature ? Oui, et il s’agit d’un progrès, d’un mouvement vers l’avant. Nous sommes arrivés à un niveau de civilisation où l’avènement d’une ambivalence saine - au sein de laquelle nos deux polarités, différentes et complémentaires, s’expriment de façon égale - est heureusement inéluctable.

Et c’est cette attention à nos instincts premiers, solides et subtils, qui nous permet ce nouveau saut de conscience vers une complétude équilibrée. Ou comment, à l’aurore du 3ème millénaire, la nature se rappelle à l’Homme pour continuer d’avancer !

Ainsi un Antidote à l’involution est entre vos mains. Je vous souhaite de rugir humainement de plaisir, à la découverte de cette nouvelle édition.


For Rousseau, Man only truly expresses his humanity when recognising the rights of those creatures weaker than him. And La Fontaine, talking about his fables to Monseigneur the Dauphin says: “Animals are the means by which I educate Man.” So can we sublime our humanity by becoming closer to our animal nature? If so animals are a metaphor of humanity, a more or less indirect way of talking about ourselves. The body has the power to influence the mind, as if, contrary to what Rabelais maintained, the clothes do make the man, and in consequence it’s fur that makes the animal! And here lies the explanation as to why our instincts are aroused and stimulated at the very sight or smell of leatherwear.

Let’s make wild love like animals… The stud and the bitch come together, bodies let rip, fur flies and the animal within is revealed. As hips move in a rhythmic dance, our bodies are driven by this primordial and instinctual force which transcends us. We are as if possessed and feel truly alive at last, confident in our capacities, energetic and ready to conquer new territories: as a hunter and a lover. Love is food for the soul and hunting its incarnation. And it is animals that return us to our lost souls and forgotten bodies, somewhere between earth and sky, between the masculine and the feminine.

And this is the path that all of humanity is following. From a matriarchal society, which celebrated instinct and nature, to a patriarchy that imposed a civilising force, now slowly but surely moving towards a psychological androgyny, an erudite and just equilibrium, both individual and collective, between the masculine and feminine. And surely it will be here, at this halfway point, that we will be able to witness the greatest, the most marvellous and the most total expression of our humanity.

Are we going back to nature? Yes and what a step forward, a step in the right direction. We have reached such a level of civilisation that the appearance of a healthy ambivalence, within which our two opposing and complementary poles will enjoy free and equal expression, is fortunately inevitable.

And it is by paying attention to our primal, concrete and yet subtle instincts that will allow us to take a great leap forward in terms of our awareness and reach a state of harmonious completeness. In other words, at the dawn of the third millennium, nature reminds man of its existence to help him continue to evolve!

And as you read these lines, you hold in your hands an issue of Antidote, devoted to momentarily turning back the evolutionary clock and I hope you will, in all humanity, roar with delight as you turn its pages.




TXEMA YESTE

Lorsque le thème animal a été évoqué pour la première fois au sein de la rédaction du magazine, l’évidence d’un numéro coloré, vivant et manifeste s’est tout de suite imposée à l’idée. L’univers artistique de Txema Yeste est apparue alors comme idéale dans la vision qu’avait Yann Weber, Directeur de Création, de ce numéro emblématique. Inspiré et visionnaire, ce photographe qui a d’ores et déjà collaboré avec les plus grands supports (Harper’s Bazaar, V Magazine, Vogue ou Numéro) a répondu avec enthousiasme à l’invitation.


Vous avez étudié la photographie à Barcelone et à Birmingham pour tout d’abord devenir photographe reporter, comment la mode est-elle entrée dans votre vie ? Je me souviens au sortir d’un rendez-vous avec l’agence Magnum, me poser cette question : qu’ai-je réellement envie de faire ? C’était certainement l’un des moments les plus importants de ma carrière et je me devais d’être honnête envers moi-même alors que la réponse ne s’orientait manifestement pas vers le reportage. Je voulais être photographe de mode ; l’unique domaine dans lequel je peux exprimer totalement mes idées créatives. Chose que jamais je n’aurais pu faire en tant que photographe reporter. De quelle manière aimeriez-vous définir votre vision de la photographie et plus particulièrement de la photographie de mode ? Pour moi, la photographie capture l’essence même d’un instant, d’un moment ou d’une époque. J’ai ce besoin de toujours me sentir en phase avec mon temps, les yeux grands ouverts, mon imagination à l’affut de l’instant unique saisissable à travers la beauté de ce qui m’entoure. Je travaille dure et tente perpétuellement de trouver de nouvelles idées, de nouvelles inspirations. Je porte un regard particulièrement critique sur ce que je fais et ce que j’entreprends. J’aspire sans cesse à évoluer, en quête constante de renouvellement. Dans votre travail, on ressent une véritable passion de la mode, exprimée dans une dimension narrative. Pouvez-vous nous en dire plus ? J’aime le cinéma vous savez. Vraiment. Et la mode me permet justement de créer un ensemble différent de personnages cinématographiques. Je reste ainsi connecté à cet univers que j’adore. Le changement permanent de la mode m’offre la possibilité de faire évoluer mon travail avec elle, de confronter mes propres démons et d’aller, encore une fois, de l’avant. Pour moi, les images de mode ne doivent pas qu’être belles, mais aussi intenses, profondes et proposer du sens. Chacune de mes images raconte une histoire. Le thème de ce numéro est animal, le sujet n’est-il pas parfaitement assorti à ce que vous êtes intrinsèquement ? En effet oui, je suis moi-même intensément passionné, et je ne pense pas me tromper en disant que mon travail l’est également. L’animalité est une notion dont l’univers cristallise à la fois brutalité, sauvagerie et rudesse mais aussi douceur, beauté, délicatesse et magnificence, autant d’éléments présents dans mon travail. Comment avez-vous reçu le projet Antidote ? Quel était votre désir dans l’exercice de réaliser l’ensemble d’un ouvrage ? J’étais très heureux quand Yann Weber m’a proposé cette collaboration. C’est pour moi une incomparable opportunité pour mettre en application mon moto de la photo unique et de l’histoire propre à chacune d’elle. Mon ambition, dès le départ, était de penser et concevoir chaque image de manière différente, à la différence des histoires de mode traditionnelles réalisées en série. Quel challenge ! Pour finir, aimeriez-vous partager avec nous un souvenir que vous auriez gardé du projet ? Dans l’ensemble j’ai l’impression que Yann et moi avons réussi à faire de chaque shooting un amusement. Je garderai chaque moment en mémoire. Nous avons créé quelque chose de fort et qui je l’espère sera apprécié avec la même intensité que celle de notre investissement. Et puis je pense aussi m’être fait un nouvel ami !




When the animal theme was mooted for the first time among the magazines editorial staff, the idea of a colourful, dynamic issue immediately leapt to mind. To Yann Weber, Antidote's creative director, the artistic universe of Txema Yeste seemed ideal for this emblematic edition. Inspired and visionary, this photographer, who has worked with leading magazines (for instance, Harper's Bazaar, V Magazine, Vogue and Numéro) accepted our invitation with alacrity.


You originally studied photography in Barcelona and Birmingham to become a photographic reporter. How did fashion enter your life? I remember when I was leaving an appointment I had with Magnum, I asked myself the question: What do I really want to do? It was unquestionably one of the most important moments of my career, and I must have been being honest with myself as the answer was unrelated to photo-journalism. I wanted to be a fashion photographer as it was the only domain where I could completely express my creative ideas – something I would never have dared to do as a photographic reporter. How would you define your vision of photography and, more particularly, of fashion photography? For me, photography captures the essence of an instant, a moment or even an epoch. I have this need to feel myself always in phase with my time, with my eyes wide open, my mind on the lookout for those unique instants that can be captured through the beauty all around. I work hard and am constantly trying to find new ideas and inspirations. I am particularly critical about what I do and what I undertake. I try ceaselessly to develop, and am permanently searching for renewal. Your work suggests a real passion for fashion, which you express in a narrative mode. Can you tell us about it? I like cinema, really like it. And as fashion photography allows me to create a group of cinematic characters, I remain connected to this world I love so much. The never-ending parade of new fashion clothing gives me the chance to develop my work in step with it, to face down my particular demons and to once more move forward. For me, fashion pictures must not only be beautiful, they must also be intense, deep and significant. Each of my pictures tells a story. The theme of this issue is animals; doesn't that chime perfectly with what you are intrinsically? Well, yes. I'm a very passionate person and I don't think I would be wrong in saying that my work is too. Animality is a notion that the world interprets as brutality, savagery and severity but also gentleness, beauty, delicacy and magnificence, all elements to be found in my work. How did you react to the Antidote invitation? What did you try to embrace in the production of your body of work? I was very happy when Yann Weber suggested this partnership. It was an unparalleled opportunity to apply my belief in the value of individual photos and the story inherent in each one. Right from the start my goal was to conceive each image in a different way, unlike traditional fashion shoots made in series. What a challenge! In conclusion, please tell us a memory you will keep of this project. Overall, I have the impression that Yann and I succeeded in making each shoot a real delight. I will remember every moment of it all. We have created something really powerful, something that I hope will be appreciated with the same intensity that we put into it. And I also think I have made a new friend!



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© MAGAZINE ANTIDOTE. 2012